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Pădura Hoïa, la forêt des mystères

 Une (demi-) journée particulière à Pădura Hoïa le mercredi 23 août…

En ce bel après-midi, nous nous rendîmes à pied ou en bus, selon les possibilités de chacun, à la Forêt des Mystères : cadre champêtre avec installations ad hoc telles tables, bancs, podium et même toilettes…
Mais cette forêt de 250 hectares nous fut aussi présentée pour son caractère inquiétant, envoûtant, notamment pour ceux qui risqueraient de s’y aventurer la nuit : c’est le Triangle des Bermudes local, nous dit-on, avec apparitions paranormales, fantômes, OVNI, disparitions multiples de personnes, de visages sur des photos, et même d’un troupeau avec son berger… nous voilà prévenus !!
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Pourtant, il faisait encore jour quand Timea, membre de l’équipe d’organisation, nous annonça le programme, sous forme de jeux divers : Quizz (avec prix !) sur la Roumanie, Devinez la chanson, La guerre des chiffres, Report sur la conférence du matin (sur le déroulement et les effets de la première guerre mondiale en Roumanie-Transylvanie), freezbee, badminton, volley-ball, ou tout simplement take a rest in the sun…
Puis ce fut le tour de Lila, en grande prêtresse de Mère-Nature, de nous inviter très simplement et sans surcharge mystique, à fermer les yeux, à nous laisser bercer par le vent, à sentir la caresse de l’air sur nos visages, à écouter le bruissement des grands arbres sombres nous entourant, à goûter la chaleur de ce bel après-midi à l’écart des rumeurs urbaines…Mais surtout à rappeler l’enfant veillant en chacun de nous, à le prendre par la main et le ramener à nos côtés pour le plaisir des jeux… un authentique moment de bonheur intime et partagé…

Au bout de quelques heures, passés les jeux structurés, freezbee et ballon mirent les corps en mouvement, entre rires, feintes, accélérations, sueur et bienveillance mutuelle… tandis que d’autres en profitèrent pour se reposer silencieusement…
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Puis ce fut l’apparition sur la scène, tel un vaisseau naviguant sur la vaste prairie, de nos trois serveurs habituels : en chemise blanche, gilet et pantalons noirs, tout droit sortis d’un film de Kusturica… il ne manquait que le Brass-Band !! Discrètement, ils installèrent les prémices d’un grand banquet international. Tout ceci sous l’œil désinvolte des quatre gendarmes spécialement détachés pour notre sécurité, à l’écart dans leur véhicule…

Sans oublier la musique, elle aussi au rendez-vous, tout d’abord enregistrée, suivie très vite par les guitares endiablées, dont celle de Zsombi en tête, ranimant plus d’un vieux tube de nos seventies-eighties : Janis Joplin, Hey Jude, Blowin’ in the wind, Hallelujah, et j’en passe…
Oui, combien ce fut bon de sentir cette subtile combinaison intergénérationnelle venir ranimer le corps, l’affect, la mémoire, la poésie, le lien simplifié à soi et aux autres, …a song of (for) peace…
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Mais nous n’en restâmes pas là et les agapes réjouirent ventres et papilles, avec spécialités multiples : roumaines, polonaises, bosniennes et autres french cheese
Ce grand plaisir, comme une petite grâce (même si le mot est très connoté), nous permit-il de dépasser – même provisoirement la division babélienne – et d’en garder une part à l’intérieur de nous, l’avenir le dira…Toujours est-il qu’il n’empêcha pas pour autant le rangement efficace et collectif des lieux…

La nuit était tombée, et nous voilà par petits groupes, à pied ou non, nous dirigeant vers le centre de Cluj, causant, riant, chantant encore, tassés dans le bus roulant vers le Confucius Institute où dormir et, pour ma part, rêver – comme en écho – de la Couronne de Bréona, un sommet alpin escaladé enfant, et dont j’admirais la beauté lumineuse, sans oublier les difficultés de l’ascension.
N’est-ce pas une invite, toute subjective, à l’émotion esthétique transcendant sans pour autant nier ce qui nous différencie (et parfois nous oppose) les uns des autres ?!?

Signé le 30 août 2017 :
Olivier Casalis, dit Olfonse, choriste français engagé dans le projet VoCE

 

 

 

 

 

 

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Célébrer la paix, plutôt que commémorer les guerres

Le projet VoCe 2014-2018 est né juste au moment où l’Europe s’apprêtait à commémorer le centenaire de la Première Guerre Mondiale. La réflexion de ses initiateurs, citoyens de différents pays (Allemagne, France, Pologne, bientôt rejoints par la Pologne, la Bosnie et plus récemment la Roumanie et la Hongrie) a porté essentiellement sur une manière différente de marquer ce triste anniversaire. Ils ont placé la pratique artistique comme moteur des actions qui ont jalonné les différents rendez-vous, ceux déjà organisés, et ceux qui vont encore se poursuivre dans les mois prochains. Réunis lors de l’important évènement qui vient de se dérouler à Wrocław (Pologne), les citoyens-chanteurs européens retiendront surtout les moments de partage musicaux et festifs qu’ils ont vécus ensemble. Toutefois, le temps du souvenir n’est pas complètement absent: lors du séjour (jeudi 28 juillet), nous avons eu la chance de rencontrer trois historiens polonais, qui ont initié et participé à un moment de réflexion sur la question de la paix. IMG_0954IMG_1022                           Tomasz Pudłocki, Jagiellonian University, Crakovia et Mascha Join-Lambert, présidente et initiatrice du projet VoCE Sur le plan historique, la première chose à connaître est le fait que la Pologne n’existait pas en tant qu’état constitué, comme on peut le voir sur la carte ci dessous. La ville de Wrocław était sous occupation germanique et portait alors le nom de Breslau. carte1guerre Toutefois, la conscience de la nation polonaise existait chez les citoyens, en particulier chez les artistes, les musiciens. Ceci correspond à ce que les historiens ont appelé « l’Eveil des Nations », mouvement qui a démarré au milieu du 19e siècle, et dont plusieurs musiciens européens se sont fait écho dans leurs oeuvres (Smetana: « Vlatava » (ma Patrie), Albeniz: « Suite espagnole »…). C’est d’ailleurs le Song for Peace, écrit par Sibelius sur un air extrait de « Finlandia », qui sera interprété par les choristes le lendemain à Lambinowice. Ce sont donc trois armées qui se battent sur le sol polonais entre 1914 et 1918. Il semble difficile de savoir qui ont été les vainqueurs des différentes batailles qui s’y sont déroulées. On retiendra surtout que c’est à l’issue du conflit, grâce à la notion du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et au soutien de pays tels que la France, que l’Etat Polonais indépendant a pu voir le jour. On retiendra également que, quelque soit le pays engagé dans la guerre, quelle que soit l’alliance à laquelle il appartenait et au-delà de la notion de victoire, on retrouve les mêmes points communs : – l’horreur des combats et l’hécatombe de toute une génération de jeunes hommes – toutes les familles concernées par un membre tué ou gravement blessé (père, mari, frère, oncle…) – la souffrance et la pauvreté pendant et après le conflit, touchant aussi bien les militaires que les civils – l’émancipation des femmes – l’érection de monuments à la mémoire des victimes, même dans des lieux où il n’y a pas eu de batailles (exemple de Budapest) Par contre, ils sont assez peu nombreux en Pologne, où les souffrances, pires encore, de la Seconde Guerre Mondiale sont plus présentes. A l’issue de la conférence, des groupes de réflexion ont été constitués pour échanger sur la notion de commémoration et surtout de la paix. Les sujets abordés ont été divers: la question des minorités en Pologne aujourd’hui, le souvenir des populations déportées, en particulier les populations vivant à l’Est, ce qui correspond à l’Ukraine actuelle, vers l’Ouest, l’identité des populations au moment de grands évènements tels que la chute du mur de Berlin, la guerre dans les Balkans. Cette conférence nous a menés au cœur des questions que se posent les Européens aujourd’hui: est-ce possible de se trouver soi-même en fermant ses portes?  Et peut-on guérir des souvenirs douloureux sans se tourner vers autrui qui  éprouve les mêmes peines? IMG_1042 En voici quelques témoignages:  » Pour moi, qui avait 5 ans quand la guerre a commencé dans mon pays, la Mémoires des pierres, ce sont les traces de balles, de tirs, de grenade, que l’on voit encore sur les murs des maisons. Ce sont aussi les roses peintes sur le sol. Ces traces  permettent de se souvenir que cela ne doit plus arriver  » (Dunja, Bosnie) Mes grands-parents déportés d’Ukraine près de Wrocław, jusqu’à leur mort, ne se sont pas installés , mais étaient en attente de rentrer chez eux… pendant 40 ans (Terenia, choriste franco-polonaise). « C’est difficile d’enseigner la mémoire aux enfants. On enseigne souvent que le point de vue de son propre pays. Parfois aussi, c’est trop d’émotion de chanter des œuvres qui nous rappellent ces expériences si douloureuses. » (Anne-Marie, France)  » C’est une bonne idée de commémorer de manière fraternelle. Nous pouvons dire que nous sommes désolés, mais nos générations ne sont pas responsables. Si nous nous étions rencontrés il y a 100 ans, nous aurions peut-être été ennemis » (Levente, Hongrie) IMG_1044  » On n’apprend pas forcément du passé, il y a toujours une guerre quelque part, même si elle ne se situe pas en Europe; il y a aussi aujourd’hui le terrorisme; souvent aussi, les médias et les politiques divisent l’opinion » (Olivier, France)  » Près de chez moi, il y a un monument de la Première Guerre Mondiale. Je passe devant tous les jours, mais je n’y pense pas à chaque fois, ce n’est pas possible ». (Ildiko, Hongrie)  » Il faut trouver quelque chose qui nous rassemble, pas uniquement la nation ou la religion, comme c’était le cas par le passé. C’est ce qui m’intéresse et que je trouve original dans votre projet VoCE: plutôt que de commémorer la guerre, il célèbre avant tout la paix, et je vous encourage à poursuivre ». (…. historien, Pologne) Le lendemain, tous les chanteurs participants à cet évènement ont pu se rendre à Lambinowice. Là se trouve un cimetière militaire où plusieurs milliers de soldats tombés au cours de la Première Guerre Mondiale sont enterrés. Toutes les nations y sont représentées: Pologne, Russie, Roumanie, Serbie, Allemagne, Grande Bretagne, France… Nous y avons chanté le « Song for Peace » de Sibelius et formé une chaîne d’amitié, déambulant dans les allées de ce cimetière. IMG_1514
Voir la vidéo de l’évènement: lambinowice

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Celebrate peace rather than commemorate wars

2014-2018 VoCe project was born at the time when Europe was about to start commemorating the Centenary of the First World War.
The thought of its proponents, who are citizens from several countries like Germany, France, Poland, soon joined up by members from Bosnia and more recently from Rumania and Hungary, bore essentially on the way to celebrate differently this sad anniversary.
They decided that artistic practice should be the main motive for the actions which were to mark out each meeting, whether already planned or due to be held in the forthcoming months.
European citizen-choristers brought together for the important event that has just taken place in Wrocław (Poland) will mainly remember those moments of musical and festive togetherness they shared with each other.
However, the time for remembrance was not totally out: during our stay, we were honoured to meet three Polish historians who initiated and took part in a debate on peace: Tomasz Pudłocki, a research fellow of the Jagiellonian University, Crakovia – the oldest Polish university, accompanied by Magister Stanisław Szynkowski – PhD student at the University of Opole and Mag. Magda Arsenicz – PhD student at the Jagiellonian University.
IMG_0954IMG_1022          Tomasz Pudłocki – Jagiellonian University, Crakovia  and Mascha Join-Lambert, président and initiator of VoCE project

From the historical point of view, one must bear in mind that Poland didn’t existed previously as a political State, as shown on the map below. The city of Wrocław was under German rule and was then called Breslau.
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Nevertheless, there was an awareness of a Polish nation among citizens, especially artists and musicians. This corresponds to what historians called « The awakening of the nations », a movement that began in the middle of the 19th century, and which was echoed in a number of works by European musicians, such as Smetana (Vlatava,my homeland),  or by Albeniz (Spanish Suite). The suite Finlandia (1899) by Sibelius provided Finland its present (unofficial) hymn, and the latter was sung several times under the title A song for Peace by the choristers in Wrocław and Łambinovice

From 1914 to 1918, three armies thus fought on Polish ground. It may seem difficult to know who the « winners » of those battles were. It will be remembered that the State of Poland was born at the end of this conflict, thanks to the notion of the Right of peoples to self-determination and to the support of countries such as France. It is also important to remember that, whatever the country implied in the war, whatever its alliances and beyond the notion of victory, some common points clearly appeared:
- Hatred for fights and for the mass slaughter of a whole generation of young men.
- In most families, at least one member had been killed or had been seriously wounded.
- Sufferings and poverty were endured during and after the conflict by soldiers and civilians alike.
- Emancipation of women
- Setting-up of war memorials to the victims even where there had been no fights (i.e. Budapest). In contrast, those memorials are fairly rare in Poland where the sufferings of the Second World War, which were even worse, are more vivid.

At the end of the lecture, groups of thought were formed to exchange ideas on the theme of commemoration and especially of peace.
Different topics were debated: the issue about minorities in Poland today, the memory of deported people, especially people who were living in the East, this correspond to the current Ukraine, to the West, the identity of people at major events like the fall of the Berlin Wall, the Balkans War.
This conference led us to the heart of issues concerning European citizens now a day: is it possible to find ourselves while closing our doors?
And can we heal from painful memories without turning to others who feel the same pains?

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Here are some testimonies:
« For me, who was only five when war began in my country, the Stones of Memory are the traces of bullets, hand-grenades or shootings one can still see on the walls of houses.  They are also the roses painted on the ground. These traces enable us to remember this must not happen again ». (Dunja, from Bosnia)
 » My grand parents were deported from Ukraine near Wrocław. They thought they could be back home during 40 years… » (Terenia, from France, born in Poland)
« It is difficult to convey memory to children. We often teach from the point of view of our own country. Sometimes it’s too emotional to sing pieces that remind us of such painful experiences ». (Anne-Marie, from France)
« It is a good idea to commemorate in a feeling of brotherhood. We can always say we are sorry, but our generation is not responsible. If we had met a hundred years ago, we might have been enemies ». (Levente, from Hungary)
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« We don’t necessarily learn from the past. There is always a war going on somewhere, even if it is not within Europe. Today there is terrorism. Often, the media and politicians play at dividing people ». (Olivier, from France)
« Near where I live, there is a war memorial to the First World War. I walk past it every day but I don’t think about it every time, it is not possible ». (Ildiko, from Hungary)
« We must find something that will keep us together, not just our nation or our religion, as it has been in the past. This is why your VoCe project is original and interesting: rather than commemorating wars, it celebrates peace above all, and this is why I encourage you to keep up in this direction ». (Tomas Pudłocki, Polish historian)

The next day, all the choristers taking part in this event were driven to Łambinovice, 90 kilometres South of Wroclaw: this is the site of former Stalag (camp for war prisoners) and of a war cemetery where thousands of soldiers who fell during the First World War are buried. Most nations are represented: Poland, Russia, Rumania, Serbia, Germany, Great Britain, France…
This is where we sang Sibelius’s Song for Peace again and formed a chain of friendship in the paths between the graves.
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See the video of the event: lambinowice

Visite du Bundestag

Peace Summer School- Berlin 11-17 mai 2015

25 jeunes entre 19 et 28 ans se sont retrouvés dans la capitale allemande pour une rencontre de 7 jours. La plupart se connaissaient déjà pour avoir pris part aux rencontres de Sarajevo et de Lyon. L’objectif de ces rencontres est de favoriser le dialogue entre européens autour d’une culture commune de paix à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale.
session de danse En 2015 nous avons voulu élargir notre champ de réflexion vers les expériences de guerre actuelles et discuter avec des réfugiés à Berlin qui ont vécu une situation de conflit. Ainsi nous avons eu deux rencontres avec des membres de l’association Jugend Ohne Grenzen (Jeunes sans frontières) qui ont évoqué avec nous leurs parcours, leur arrivée, souvent dramatique, en Allemagne, la condition des réfugiés aujourd’hui dans le monde et les causes de leur migration. Ces moments d’échange ont été des temps forts de notre séjour, les participants se sont montrés vivement intéressés et très émus par ces témoignages.Workshop
La seconde partie du programme a été consacrée aux sessions de danse animée par la Compagnie française du Second Souffle, déjà membre du projet l’année passée, sans oublier bien sûr, les visites dans Berlin et ses monuments riches d’histoire et de symboles. Ainsi, à la Porte de Brandeburg, le groupe a eu la chance d’exécuter la chorégraphie de danse travaillée pendant la semaine. Un moment de complicité où tous se sont amusés ! Nous partageons après cette danse le sentiment d’avoir mené avec succès un projet collectif ! Une belle conclusion pour la 3e Peace Summer School !
Pour en savoir plus: REX_Berlin_2015
Voir les articles des Peace Summers School précédentes, 
Danse_Brandeburger Tor

Un projet artistique entre mémoire et création

label_centenaire_rondQuelques Européens, qui à Berlin, qui à Lyon, Grenoble ou en Savoie, qui à Wroclaw en Pologne, se sont rapprochés depuis 2010 en vue de la commémoration imminente de la Première Guerre Mondiale.
Ils ont imaginé des « voix et chemins » par lesquels un élan d’amitié et de justice pourrait s’élever depuis le souvenir de ces temps d’effroi. Cet élan, ils l’ont appelé « désir de l’humain ». Ils proposent à tout un chacun de se laisser porter par lui et de créer, ensemble, des rencontres tout au long des années 2014 à 2018. Elles constitueront des étapes festives et joyeuses sur un pont sonore de paix : « l’Europe de concert ».

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