Archives pour la catégorie Cluj 2017

Samedi 26 août: l’apothéose!

Samedi matin:

Découverte de notre lieu de concert du soir, l’auditorium MAXIMUM !Grande salle avec balcons, à la fois majestueuse et sobre.
Grande scène avec piano à queue avec au fronton l’inscription « PRIN CULTURA LA LIBERTATE » (tout un programme!)

Dans l’entrée (du public) un superbe escalier style art déco avec 4 imposantes colonnes de marbre (ou simili ?) vert, et une belle mosaïque colorée  de style non défini (surréalisme communiste :-)?) au mur.
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Après un échauffement au milieu des sièges, premier casse tête: comment positionner 150 choristes sur cette scène avec piano et percussions avec un minimum de confort pour chacun et un maximum (!) d’efficacité sonore ??

C’est Cyrille, le chef de chœur français, qui s’y colle : il ADORE ça !! ;-)
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Allez RDV à 19h en tenue !!  (Patrick, choriste français engagé dans le projet VoCE)

Après quelques heures de détente les choristes sont enfin prêts pour leur grand concert final.
En ouverture, chaque chœur interprète un chant de son pays d’origine.
Puis Mascha Join-Lambert, présidente de VoCE s’adresse au public pour expliquer tous les enjeux du projet. (lire le texte)
Le concert se poursuit avec les 150 choristes sur scène. Au programme, déclinant le thème du silence de Babel et de l’exil, le psaume 137 « Sur les rives de Babylone », avec des œuvres de Schütz, Tavener, Verdi… et surtout un compositeur important: Thierry Machuel, qui sera aux côtés des chanteurs en 2018…concert2
Voir les photos du concert

Impressions après le concert:
VoCE 4 th edition Day 5 Concert in the park voce emotions

Parmi les spectateurs, des jeunes gens venus de différents pays d’Europe ont été particulièrement émus. Ce sont eux qui, quelques jours plus tard, ont participé à la Summer Peace School dans le village de Viscri, à quelques dizaines de kilomètres de Cluj.

Mais tous ces participants au projet ne pouvaient pas se quitter sans célébrer leur amitié et la joie d’avoir accompli tout cela ensemble.
Quatre danseurs talentueux venant de Vénissieux (France) nous ont offert un spectacle de danse Hip hop. Quelle énergie, c’était époustouflant ! Ils ont imaginé leur chorégraphie la veille, spécialement pour Voce, et leur prestation a enthousiasmé l’assemblée.
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Portés par une passion commune, ils s’entraînent ensemble au moins deux fois par semaine, et pratiquent aussi d’autres sports afin d’être endurants: leurs spectacles durent très souvent plus d’une heure !!
Certains sont semi-professionnels, d’autres étudient pour faire de cette discipline leur métier, influencés par les membres de la plus grande compagnie au monde qui se trouve à Lyon.
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Le mouvement Hip Hop se développe à grande vitesse et devient un art de vivre mêlant de la danse (break dance, top rock… ), du chant, de l’art graphique, et se reconnaissant même dans un style vestimentaire.

Vous serez peut-être surpris d’apprendre que chaque type de danse est inspiré de danses traditionnelles comme la salsa, le rock et même la bourrée !
Alors révisez vos classiques, car cette année vous avez chanté, l’année prochaine on vous dira: “dansez maintenant”!
Isabelle, choriste française engagée dans VoCE

 

Tuesday 22 August: first rehearsal

Tuesday 22 August 8 am. On the sidewalk in front of the building where we sleep, many chorists are already there. Some frenches I know, some others belonging to the other choir, Vocalam, I don’t, some people from other countries I’ve seen the day before. Time to meet new people! Yipee! Before the bus reaches the station, the little badges we all wear help to know what the name of each other is and where we come from, it helps to start discussions; even if this is not really required: it looks like we are all on the same page, hungry of getting to know all these new people music gathers here. tuesday01 Reaching the place where the breakfast takes place, here we are! same place as yesterday evening, many tables, almost as chic and beautiful as in a wedding, sitting at tables where we could speak German, Hungarian or Polish if I would be able to; English will fit! Excitation almost replaces coffee, and eating the wonderful continental breakfast is not an issue to discuss with many guys and girls from here or there. tuesday02 In the amphitheatre the number of chorists is impressive. And they say we are not all here yet! Wow! Some music directors introduce themselves, but we really meet and get to know them when their hands are in the air, when after some instants of silence the music starts from more than one hundred of many different people’s mouths, when hundred of gazes are on the same point, and when we follow their direction in this morning of enjoying work together. repetition2
We all have sometimes redden, sometimes worked, in our own countries, all the songs we sing. But changing of conductor is like changing the country where we are: still the same as ours, but some slight differences, some nuances in some different places, some new requests not to breath here or where to make a silence all together, etc. While we work, complicity with my neighbors starts, with some eye contacts, some remarks, some advices…repetition3

Between the conductors too as far as we can see, when we see them discussing how will the day happen, what they think on this or that score part… And how will the week happen. But this is (a lot of) other stories, see the following reports! ;)

Christophe, french singer in VoCE project

Comme iou!

« Grégoriu Rotar, 24 B » dit le chef de quai d’un air détaché et résolu à sa vie, en me tendant d’un geste nonchalant une clef, tout en m’indiquant la direction que je devais prendre pour rejoindre le bus qui m’était affecté. Il y a deux jours, j’avais reçu une réponse positive à ma candidature pour un emploi de deux mois comme chauffeur à la société des transports urbains de Cluj-Napoca. Cela faisait quinze mois que je recherchais un emploi. Durant deux ans, j’avais œuvré du soir au matin au volant d’un camion brinquebalant convoyant briques et autres sacs de ciment à la cathédrale qui ne finira jamais. cathedral Le travail est dur à trouver ici. Et du travail j’en ai besoin pour Bogdan et Krisztina, mes deux enfants à nourrir, pour les satisfaire, leur apporter un quotidien qui puisse leur donner l’espoir ou au mieux l’illusion que demain sera bien. Alors, n’importe travail, pourvu que quelques lei viennent remplir les assiettes de mes deux rejetons, que quelques lei puissent les vêtir de vêtements écorchés, achetés dans les boutiques de seconde main. Je pris la clef et me dirigeai vers mon véhicule d’attribution. Un bus accordéon. J’entrai par la porte du fond et remontai vers l’avant vers le siège conducteur. « Issue de secours », « n’oubliez pas de composter votre titre de transport », ces inscriptions en français indiquaient la seconde vie donnée à ce véhicule. Aujourd’hui il arpentait les rues de cette ville Transylvanienne. Je mis le contact et me dirigeai vers « Valeriu Bologa », première station où allaient monter mes premiers passagers. Il me fallut pas plus de cinq minutes pour sortir du dépôt et rejoindre ce premier arrêt, qui était matérialisé par un simple panneau juché en haut d’un piquet métallique sur lequel étaient scotchées des annonces les plus variées. Des voyageurs attendaient docilement devant la vitrine d’une pharmacie aux enseignes lumineuses aguicheuses. J’actionnai l’ouverture des portes, les abonnés montérent par l’arrière. Une jeune femme aux ongles verts m’acheta un billet, deux lei. Le soleil était à son zénith. Cette semaine j’étais de l’après midi. Je n’avais pas travaillé hier lundi. Les stations défilaient. Je n’avais pris que sept minutes de retard sur l’horaire prévu. Un camion de livraison avait occasionné cet écart. Les passagers ne mouftaient pas, ils ne s’en étaient d’ailleurs pas aperçus. A la station « Mémorandumului » bon nombre de passagers, trente à quarante peut-être, attendaient. Sans doute un groupe de touristes. Mais où pouvaient-ils bien allé sur cette ligne ? Ils remplirent littéralement mon bahut. Chacun avait dans les mains un classeur noir. Peut-être un séminaire de travail. Je remis les gaz pour emmener tout ce petit monde vers leur destination.
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Une station plus loin, je vis dans mon rétroviseur, me servant à contrôler ce qui se passe dans mon bus, un grand blond aux cheveux courts lever un bras. Appelait-il quelqu’un ? avait-il besoin d’aide ? me faisait-il signe pour descendre ? Quand il rabaissa son bras, ne fut pas mon étonnement d’entendre un chant envahir mon bus. Distinctement, le mot « Sanctus » s’est détaché. Des religieux ? Cluj en était plein. Le grand blond devait être leur prêtre ou leur gourou. Mais quelle indécence de venir dans un espace public pousser sa chansonnette religieuse, il y a des lieux pour ça, et Cluj n’en manque pas ; pas un espace sans que se dessine à l’horizon une marque calviniste, unitarienne, luthérienne ou autre Chrétienne ou Pierriste ; il y a autant d’églises que de pharmacies ou de dentistes, à chacun sa thérapie… A la fin, de leur chant, quelques applaudissements. Mais je crois bien qu’ils s’applaudissaient eux mêmes. Les autres passagers se regardaient, me regardaient, me questionnant du regard, se demandant si j’allais intervenir.tram04

Puis un autre chant démarra. Je ne peux dire ce que c’était, je ne parvenais pas à saisir une quelconque mélodie qui s’accroche à quelque chose de connu. Un grand barbu s’est approché de moi en me tendant un prospectus. De la propagande maintenant. Non ça va trop loin. Pas dans mon bus. La propagande, on a trop donné ici ou plutôt trop subi. Puis il se mit à me parler dans un anglais d’un autre temps qui commença par un « eskiouse mi ». L’anglais, je maîtrise. Avant d’avoir mes enfants j’ai vécu deux ans à Londres, avant le Brexit, du temps de Blair, comme chauffeur des bus londoniens. Le grand barbu au visage déchiré par un sourire gêné m’expliqua qu’il était Français et qu’il était chanteur. Il me parla de la guerre, je ne compris pas laquelle, de commémoration, de paix, de concert, de nation tout en me tendant son prospectus. « Iou can come saturday if iou want, is gratuit ». Il déposa son papier sur ma banque à ma droite puis alla donner de la voix avec les siens. A la fin du deuxième chant, quelques voyageurs applaudirent souriant, les regards étaient devenus plus lumineux. Et un troisième fut lancé. Somme toute cela n’était pas désagréable. Je crois que j’avais saisi que ce n’était pas un truc religieux mais plutôt un genre de chorale qui faisait la promo de son spectacle. Quoiqu’il en soit quand ce nouveau morceau se termina, les regards de mes passagers ne regardaient plus par terre mais avait des yeux qui profitaient de l’instant. C’est vrai que dans notre ville, c’est rare des écarts comme ça.
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Tout le monde descendit au terminus. Je vis dans mon rétro mes chanteurs traverser la route et se diriger vers l’arrêt coté nord. Ils allaient prendre un autre bus. Ils auraient pu rester dans le mien. Je mis le prospectus dans ma poche. Il était sept heures et demi. Je ramenai le bus au dépôt, passai un coup de jet d’eau sur sa carcasse, Le chef de quai avait changé. Celui du soir était plus jeune et plus conviviale aussi. La journée s’est bien passé ? m’a-t-il demandé. Je lui dis que oui, et lançai en voulant faire de l’humour que je conduisais tellement bien que les voyageurs s’étaient mis à chanter. Il me regarda avec un sourire compatissant. « Allez vous reposer » conclu-t-il, « c’est votre première journée, faut s’habituer, c’est dur au début, bonne nuit et à demain ». « A demain » répondis-je rangeant dans la cave de ma mémoire ma tentative d’humour. Je retrouvais ma femme Bétina et les enfants. En retirant ma veste je plongeais ma main dans ma poche et ressortis le prospectus.   VOCE 2017 – Silence of Babel – Cluj-Napoca – samedi 26 aout 19 heures.   «  Bétina, les enfants, samedi après midi comme prévu nous irons à Turda prendre le frais, et le soir je vous emmène à un concert. »
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Loran 09/09/17

 

 

Choeurs en transit

Pour commencer l’après-midi, chants de chaque pays dans les bus de la ville.
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En groupe, chacun a son rythme…Il faut tenir compte des bavards, des pas pressés, des accablés par la chaleur… On finit par se mettre en mouvement, chacun avec son badge autour du cou pour être bien identifié : VoCE 2017- Silence of Babel.

Prise d’assaut du bus n°6 par le chœur français : long, très long bus, double avec soufflet et plate forme mobile en son milieu, où s’installe Cyrille, le chef de choeur. Situation périlleuse. Le groupe est réparti dans la totalité du bus : pas simple ! Allez ! On démarre par une pièce de Machuel : le Bestiaire de Noël, la Puce ! Pas facile de voir le chef ! Pas facile de s’entendre d’un bout à l’autre !
tram03Le public captif prend les flyers distribués –ou pas- et écoute, un peu surpris, amusé parfois. Arrêts. Montée. Descente. On continue. Changement de bus, dans l’autre sens cette fois: le 25 nous conduira à notre prochaine étape. Toujours bus double, mêmes difficultés mais plus d’échanges avec les passagers. Aucun doute que les autres chœurs ont vécu la même expérience en suivant d’autres lignes…

Arrivée au Julius Moll, grand complexe commercial, temple de la consommation, où se sont donnés rendez-vous tous les chanteurs. Là, plus question d’être identifiés. Escamotage des badges. On se prépare pour un flash mob. L’air de rien promenade par petits groupes dans le hall, certains prennent l’escalator pour une vision dominante de la situation et mieux se faire entendre.
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Soudain : Babel !! Quelqu’un entonne le début de l’Hymne à la joie et chacun le chante dans sa langue. Puis sous la direction de Arndt, le chef allemand, nous nous retrouvons tous pour faire résonner dans le hall An die Freude, la version originale en allemand. Moment fugitif, très fort.


Quelques larmes d’émotion…le groupe s’éparpille pour un retour en ville : qui va se reposer, qui se promener, qui se boire une bonne bière, qui courir les magasins…

Mais la journée n’est pas terminée. Après nous être retrouvés à la salle de répétition pour des mises au point nécessaires sur des partitions difficiles, nos hôtes nous montrent un montage video permettant de revenir sur le City game de la veille. Drôle et original, comme l’étaient les noms des différentes équipes :The Babel’s vocals, Presto, Matthias’band, ou United heroes….

Au moment du repas,  les allemands, enfin réunis nous offrent un beau chant de Mendelsohn.
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Depuis la veille on attend le groupe de jeunes français des Peace Summers Schools : ils finissent par arriver dans la soirée, affamés, après des pérégrinations à rebondissement.

Le groupe VoCE est cette fois au complet.

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Ausblick auf 2018

Als ich die fast 200 Singenden die Bühne erklettern beobachtete, in Cluj alias Koloszar alias Klausenburg in Transylvanien, Rumänien, vor gerade ein paar Wochen, sprang es mir ins Auge: diese VoCE2014-2018 – geschichte ist eine Geschichte von Vertrauen. Keiner dieser Dirigenten kannte sich noch vor ein paar Jahren. Zuerst war es einer, dann zwei, heute acht, die ihre Chormitglieder aus sieben Ländern mit uns durch Europa ziehen.
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Bringt Musik einen Mehrwert für die Erinnerung an 1918, das Jahr, in dem der Krieg schließlich die Waffen streckte? [1]
Zusammen singen, fünf Jahre lang, beieinander Gast sein – eine Schule des Vertrauens?
Möglicherweise nur eine nette Illusion.

Heute in Europa: da sind Länder, deren Bürger nicht mehr zusammen leben wollen, gerade handgreiflich zu betrachten in Spanien. Welch ein Energieverschleiss, so scheint es uns. Und in Rumänien waren wir Zeugen der Verbalkanönchen zwischen der ungarischen Minderheit und der rumänischen Mehrheit. Man konnte sich ausmalen, was am 1. Dezember 2018 zu hören sein wird, wenn Rumänien stolz seinen Nationaltag feiern wird, der an den Ausgang des Referendum in 1918 erinnert, mit dem Transylvanien Rumänien zugesprochen wurde – ein Feiertag, der gerne vergißt, dass auch für die seit damals minderheitlichen Ungarn dort ihre Heimat ist, ebenfalls seit 1000 Jahren. Auch Ungarn zieht schon alle Register dem Nachbarn gegenüber. Hier wird 2018 die Musik eher gegeneinander spielen.
Nein, Vertrauen ist an der Quelle schon vergiftet, wenn man Zukunft im Brunnen der alten Konflikte schöpfen will.

Heute in Europa: da sind Länder, die Reparationen von Deutschland verlangen, weil sie keine andere Möglichkeit erkennen, von dem Land der Ewig Klassenbesten und Wandelnden Grundsatzreferate respektiert zu werden – und dies trotz jahrzehntelanger echter Mühen um Ausgleich und Versöhnung.
Nein, Vertrauen kann nur bei Pflege der Lust auf Ent  -  deckung lebendig bleiben: bei den einen, dass sie mehr sind als die stets Schuldigen, bei den anderen, wie sehr Erinnerung sie schmerzt.

Was also können wir ausrichten?

Aber ja, gemeinsam singen ist eine Schule zu geschwisterlichem Vertrauen, denn die freie Muse verteilte die Geschenke der Begabung und Beglückung ohne Rücksicht auf Vorrechte jedweder Sorte. Ein deutsches Sprichwort sagt: „Wo man singt, da laß Dich ruhig nieder“. Dazu wird uns Savoyen im Sommer 2018 einladen: Sitzen im Grünen und am Wasser, Schweigen, Hören, Denken, Singen, Reden, Tanzen…und danach werden wir das Vertrauen von Europäern nach Berlin tragen, im November 2018.

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Mascha Join-Lambert

 

[1] Auf französisch reden wir nicht von « dem  Ende » des Kriege, sondern von „den Wegen aus dem Krieg“

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Edito rentrée 2017

Voyant ces presque 200 chantants monter sur scène, à Cluj en Roumanie, j’étais surprise par l’évidence : VoCE 2014-2018 est une histoire de confiance. En effet, aucun de ces chefs de chœurs ne se connaissaient, il y a  5 ans. Ils étaient deux, puis trois, ils sont huit aujourd’hui  entraînant avec eux une si belle ribambelle de gens de tout âge, de sept pays d’Europe….
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La musique, une valeur ajoutée pour l’Europe qui s’apprête à se souvenir de 1918, l’année où la Grande Guerre s’épuisa? Chanter ensemble, une école de confiance ?
Est-ce là un vœu pieux ?
Actuellement, en Europe, il y a des pays dont les citoyens peinent à vivre ensemble, l’Espagne nous en montre le plus triste épisode, et y perd de l’énergie. Nous avons entendu les escarmouches verbales en Roumanie qui fêtera en grande pompe le 1er décembre 2018 – journée nationale et centenaire du référendum qui décida du rattachement de la Transylvanie à la Roumanie, oubliant volontairement que pour leur depuis-lors minorité hongroise, il s’agit de leur terre natale aussi – depuis 1000 ans….
Non, la confiance est empoisonnée à la source si on s’en va puiser l’avenir dans les puits-des-vieux-conflits.

Actuellement, en Europe, il y a des pays qui réclament des réparations à l’Allemagne, seul moyen, croient-ils, pour se défendre de ce grand pays des premiers-en-tout et ayants – toujours-raison, et ceci malgré les décennies de vrais efforts de réconciliation.
Non, la confiance ne peut vivre que si l’on cultive le désir dé – couvrir, chez les uns qu’ils sont davantage que d’éternels coupables, chez les autres qu’ils ont des cœurs de mémoires souffrantes.

Alors que pouvons-nous ?

Oui, chanter ensemble est une école de confiante fraternité car la Muse, libre, a distribué le cadeau de l’émotion musicale en se fichant des préséances.   Un proverbe allemand dit : « Assieds-toi là où on chante ».

La Belle Savoie nous y invitera en août 2018, pour nous asseoir dans l’herbe et au bord de l’eau, nous taire, écouter, penser, chanter, parler, danser….
Et puis, nous porterons la confiance des Européens à Berlin, en novembre 2018.

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Mascha Join-Lambert

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Conférence à l’Université Babeş Bolyai

Depuis sa création, les membres du projet VoCE se sont attachés à proposer, en parallèle et en complément aux actions d’expression artistique, des temps de commémoration et de réflexion sur les évènements de la Première Guerre Mondiale.
Durant la session musicale à Cluj-Napoca, les choristes ont pu écouté la conférence de l’historien Jozsef Nagy, donnée en langue hongroise, et traduite avec enthousiasme par Botond Molnard et son équipe. Madame Raluca Mateiu, chargée de culture et de communication à l’Institut Français de Cluj-Napoca, nous a fait l’honneur d’y assister.
Comme dans les éditions précédentes, il a beaucoup été question de la complexité des forces et des idées en présence, dans la région de Cluj-Napoca, comme dans le reste de la Roumanie et de la Hongrie, ainsi que dans l’ensemble de l’Europe.
On retrouve en particulier l’idée forte, à la fin du 19e-début du 20e, de l’éveil des nations, qui redonne sa place à l’être humain et à son identité, tout en rendant parfois inextricables les problèmes d’appartenance culturelle et d’appartenance géographique.
Voir l’article sur la conférence de 2016 en Pologne
Lors de l’âge d’or de l’Empire Austro-Hongrois, la région de Cluj-Napoca en était la partie la plus à l’est, à la frontière avec la Roumanie. En réunissant ces deux royaumes indépendants, pour en construire la cohésion, les dirigeants ont choisi d’avoir une même administration, mais aussi une même armée. Cette politique avait également pour but de réunir les différentes nationalités représentées dans l’Empire, en opposition au sentiment d’Eveil des Nations propre à cette période de l’Histoire.
cluj1916Statue de Mathias Corvin en 1916 – Source Wikimedia Commons

En Roumanie, comme dans le reste de l’Europe, les soldats courageux ont vécu les expériences terribles que l’on sait. Après les mouvements de troupes importants de 1914, les soldats roumains ont combattu sur le front russe, creusant eux-mêmes les tranchées où ils ont été positionnées des mois durant dans des conditions inhumaines.  En s’appuyant sur des cartes, des photos des tranchées, des soldats, de monuments, ainsi que des articles de journaux, M. Nagy nous a décrit la grande complexité des lignes d’attaques et des forces en présence, et notamment l’Offensive Broussilov, particulièrement meurtrière : 378 000 prisonniers allemands et austro-hongrois, et autant de morts. L’armée russe, bien que victorieuse, compte 500 000 tués, et on estime à près d’un million le nombre de blessés.
Là encore, les conséquences de ces massacres sont les mêmes que sur tous les autres fronts: révoltes, désertions, sentiments d’injustice et de cruauté inutile.
soldatsSoldats Roumains – Source Wikimedia Commons
En 1918, après la victoire des Alliés, la Transylvanie est rattachée à la Roumanie, rattachement définitivement entérinée par le Traité de Trianon, signé le 4 juin 1920. En contradiction avec le sentiment d’éveil des nations, plus de 3 millions de Hongrois passent sous domination étrangère, vécu par certains comme un traumatisme historique.  La revendication pour la révision de ce traité est toujours présente. Ce sont donc deux histoires antagonistes de la Transylvanie qui se sont construites au cours d’un passé récent.

 

 

Pădura Hoïa, la forêt des mystères

 Une (demi-) journée particulière à Pădura Hoïa le mercredi 23 août…

En ce bel après-midi, nous nous rendîmes à pied ou en bus, selon les possibilités de chacun, à la Forêt des Mystères : cadre champêtre avec installations ad hoc telles tables, bancs, podium et même toilettes…
Mais cette forêt de 250 hectares nous fut aussi présentée pour son caractère inquiétant, envoûtant, notamment pour ceux qui risqueraient de s’y aventurer la nuit : c’est le Triangle des Bermudes local, nous dit-on, avec apparitions paranormales, fantômes, OVNI, disparitions multiples de personnes, de visages sur des photos, et même d’un troupeau avec son berger… nous voilà prévenus !!
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Pourtant, il faisait encore jour quand Timea, membre de l’équipe d’organisation, nous annonça le programme, sous forme de jeux divers : Quizz (avec prix !) sur la Roumanie, Devinez la chanson, La guerre des chiffres, Report sur la conférence du matin (sur le déroulement et les effets de la première guerre mondiale en Roumanie-Transylvanie), freezbee, badminton, volley-ball, ou tout simplement take a rest in the sun…
Puis ce fut le tour de Lila, en grande prêtresse de Mère-Nature, de nous inviter très simplement et sans surcharge mystique, à fermer les yeux, à nous laisser bercer par le vent, à sentir la caresse de l’air sur nos visages, à écouter le bruissement des grands arbres sombres nous entourant, à goûter la chaleur de ce bel après-midi à l’écart des rumeurs urbaines…Mais surtout à rappeler l’enfant veillant en chacun de nous, à le prendre par la main et le ramener à nos côtés pour le plaisir des jeux… un authentique moment de bonheur intime et partagé…

Au bout de quelques heures, passés les jeux structurés, freezbee et ballon mirent les corps en mouvement, entre rires, feintes, accélérations, sueur et bienveillance mutuelle… tandis que d’autres en profitèrent pour se reposer silencieusement…
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Puis ce fut l’apparition sur la scène, tel un vaisseau naviguant sur la vaste prairie, de nos trois serveurs habituels : en chemise blanche, gilet et pantalons noirs, tout droit sortis d’un film de Kusturica… il ne manquait que le Brass-Band !! Discrètement, ils installèrent les prémices d’un grand banquet international. Tout ceci sous l’œil désinvolte des quatre gendarmes spécialement détachés pour notre sécurité, à l’écart dans leur véhicule…

Sans oublier la musique, elle aussi au rendez-vous, tout d’abord enregistrée, suivie très vite par les guitares endiablées, dont celle de Zsombi en tête, ranimant plus d’un vieux tube de nos seventies-eighties : Janis Joplin, Hey Jude, Blowin’ in the wind, Hallelujah, et j’en passe…
Oui, combien ce fut bon de sentir cette subtile combinaison intergénérationnelle venir ranimer le corps, l’affect, la mémoire, la poésie, le lien simplifié à soi et aux autres, …a song of (for) peace…
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Mais nous n’en restâmes pas là et les agapes réjouirent ventres et papilles, avec spécialités multiples : roumaines, polonaises, bosniennes et autres french cheese
Ce grand plaisir, comme une petite grâce (même si le mot est très connoté), nous permit-il de dépasser – même provisoirement la division babélienne – et d’en garder une part à l’intérieur de nous, l’avenir le dira…Toujours est-il qu’il n’empêcha pas pour autant le rangement efficace et collectif des lieux…

La nuit était tombée, et nous voilà par petits groupes, à pied ou non, nous dirigeant vers le centre de Cluj, causant, riant, chantant encore, tassés dans le bus roulant vers le Confucius Institute où dormir et, pour ma part, rêver – comme en écho – de la Couronne de Bréona, un sommet alpin escaladé enfant, et dont j’admirais la beauté lumineuse, sans oublier les difficultés de l’ascension.
N’est-ce pas une invite, toute subjective, à l’émotion esthétique transcendant sans pour autant nier ce qui nous différencie (et parfois nous oppose) les uns des autres ?!?

Signé le 30 août 2017 :
Olivier Casalis, dit Olfonse, choriste français engagé dans le projet VoCE

 

 

 

 

 

 

Souvenirs d’un 23 août

Cluj-Napoca, Roumanie – Europe – mercredi 23 août 2017.

6h45 : Une nouvelle journée du festival international VoCE débute. Mes yeux s’ouvrent mais mes pensées sont encore perdues dans le souvenir des bons moments passés la veille avec nos amis de VoCE. Les quelques rayons de soleil qui percent à travers les nuages viennent illuminer le rideau rouge et remplissent la chambre d’une atmosphère douce et apaisante. Mon collègue de chambrée s’étire lentement. Il va être temps de se préparer à partir pour la rejoindre la salle de répétition et bien d’autres aventures. Il s’agit de ne pas traîner ; aujourd’hui la répétition démarre à 9h et le programme est chargé car à 11h il y a une conférence. C’est parti !

7h55 : Devant la résidence universitaire, à l’arrêt du bus, je retrouve des têtes que je connais plus ou moins, celles des ensembles français que je croise régulièrement, celles des membres des autres chœurs que j’ai déjà pu rencontrer l’an dernier en Pologne à Wrocław et les nouveaux visages qui ne demandent qu’à être découverts.
L’air est plutôt frais, le ciel à tendance à rester un peu couvert, espérons qu’il ne pleuve pas pour les activités en extérieur de l’après-midi.
Quel bus déjà ? Le numéro 24, le 24A ou le trolley numéro 25. Le premier qui arrive…

Après avoir quitté la zone du campus universitaire, le bus tourne sur le boulevard du 21 décembre 1989, artère « autoritaire » dont la conception et l’architecture est caractéristique de la période qui a précédé cette date qui donne son nom à la voie.
Voie21dec  Voie21dec2
Deux fois trois voies de circulation et de chaque côté un large trottoir avec une contrallée de stationnement, beaucoup de circulation. Urbanisme efficace et fonctionnel, architecture brutale et rationnelle… en apparence. Des immeubles d’habitation imposants et austères en béton de 11 ou 12 étages. Ils devaient plaire à leur construction. En pieds de bâtiment des commerces alimentaires où l’on peut faire ses courses ou simplement acheter de quoi grignoter, des boutiques, des cafés, une activité humaine folle. Le bus continue sa course vers le centre-ville et progressivement le paysage change pour arriver avec peu de transition à une ville plus traditionnelle d’Europe centrale austro-hongroise d’avant la première guerre mondiale.
Arrêt « Memorandumului strada » : il faut descendre !

8h20 : Je traverse la place Unirii. A gauche, la cathédrale et la statue de Matei Corvin. A droite, les boutiques, le glacier, les pâtisseries, les cafés et leurs terrasses. Depuis le city-game d’hier on a appris à connaître ces lieux. Ils me sont presque devenus familiers. Placeuniiri Une traversée de la rue Napoca et c’est la rue de l’Université. On approche. Encore un petit effort pour rejoindre le restaurant dans lequel est servi le petit déjeuner.
Après une collation nécessaire pour tenir toute la matinée, il est temps de rejoindre le bâtiment de l’université Babeş Bolyai et la salle de répétition.
Majestueux palais universitaire typique des constructions engagées à la fin du 19ème siècle, symbolisant la puissance de la connaissance et du savoir. Façade néo-classique recouverte d’un appareillage de briques jaunes, socle et corniches en calcaire blanc, décor de temple romain en partie haute du corps central sur le fronton duquel est inscrit le nom de l’université. Trois marches pour monter sur le perron. Universite
Une fois poussé un des vantaux de la grande porte principale, on accède au hall à partir duquel se déroule face à l’entrée un escalier monumental distribuant l’ensemble des ailes du bâtiment. Quelques marches depuis le hall et on peut enfin emprunter ce grand emmarchement. Une première volée d’une vingtaine de marches amène à un pallier où l’escalier se divise en trois. En face ? Non, cela mène à l’aile nord. A droite ou à gauche ? L’une ou l’autre de ces deux volées conduit vers l’amphithéâtre où les différents chœurs travaillent ensemble depuis ce mardi jusqu’à la fin de la semaine pour préparer le concert final et les autres interventions qui sont programmées jusqu’à la fin de la semaine.

8h55 : J’entre dans l’amphithéâtre qui se remplit doucement. Sur le tableau noir est dessiné à la craie le schéma de positionnement des différents pupitres pour chanter la pièce de Schütz, An den Wassern zu Babel, écrit pour double choeur . Des membres du chœur roumain Visszhang korus sont là. Quelques chanteuses du chœur de Pologne sont déjà assises. Les membres du chœur hongrois s’installent. Les français se sont aussi répartis dans les rangs. Les chanteurs allemands ne sont encore que quatre mais le reste du groupe arrive ce soir. Nos collègues belges nous rejoignent. A côté de qui vais-je m’asseoir ? Rester entre français ? Non, il faut se mélanger et mélanger nos voix. A côté d’un Belge et un Hongrois, derrière deux Roumains, ça me paraît bien.
Tout le monde est installé, la chauffe va pouvoir commencer. Aujourd’hui c’est le tour de Cyrille, le chef de chœur français, de nous mettre en condition. Après un bon quart d’heure, nous sommes tous prêts à nous mettre au travail.
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Adam, le chef de chœur polonais, démarre la séance de travail sur Al Naharot Bavel de Salomone Rossi. Quelques exercices de prononciation des mots du texte en hébreu pour que le sens soit bien retranscrit et quelques indications de nuance et d’interprétation à noter sur la partition.
Tijana, leader du groupe vocal bosnien Corona, lui succède pour nous faire travailler quelques passages de Five Ways to kill a man de Bob Chillcot. Là encore la prononciation doit être travaillée pour que le texte et la musique soient précis. Même si les notes ne sont pas totalement justes, elle nous demande de garder l’énergie du texte et le rythme. C’est noté !On poursuit par un travail mené par Cyrille sur Dark like me, œuvre de Thierry Machuel. Là encore tout est question de rythme et d’accent, pour parvenir à interpréter cet hommage à l’histoire et à la musique des afro-américains. Ceux de 20-21 ont un peu l’habitude de ce genre de chose, mais nos amis des autres chœurs s’en sortent très bien aussi.

11h : Il est maintenant l’heure de la conférence. Mascha, présidente de l’association Voce 2014-2018 et les jeunes de la Summer Peace School nous ont rejoints. Mais on nous annonce que le conférencier va avoir un quart d’heure de retard.
Ne nous laissons pas abattre par cette mauvaise nouvelle, soyons efficace et continuons à travailler. Pourquoi ne pas de faire un peu de Grégorien en attendant ? Charlotte, chef de chœur belge, comble l’attente en nous faisant réviser un peu la phrase que l’ensemble du chœur aura à chanter lors du concert, « dum recodarééémuuuuuur tuuuuuiiiiii siooooooooooo oooooooooooooon ». On s’en sort de mieux en mieux !

Après une courte introduction par Botti, le chef de chœur roumain, la conférence du professeur József Nagy  débute. Il est question d’une part de la position de la Transylvanie en Europe (région où se situe Cluj-Napoca) depuis sa création et d’autre part de la première guerre mondiale ainsi que l’impact du conflit sur la recomposition des frontières de cette région, notamment pourquoi la Transylvanie est devenue Roumaine alors qu’elle était auparavant rattachée au royaume de Hongrie puis à l’empire Austro-hongrois. Une conférence riche en informations techniques et géopolitiques toutes plus intéressantes les unes que les autres comme seuls les historiens passionnés savent en donner.
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Voir aussi l’article sur cette conférence

Une autre histoire nous attend cet après-midi. On nous emmène en forêt. Une dans laquelle on dit qu’il y a des mystères transylvaniens…, j’ai hâte.

Ludovic, choriste français engagé dans le projet VoCE