Archives pour la catégorie Récits et témoignages

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Chronique de Péronne

D’autres récits et témoignages de la Summer Peace School qui s’est déroulée à Péronne (France) du 20 au 26 mai.

Les jeunes participants ont pu être accueillis comme des visiteurs « privilégiés » de l’Historial de la Grande Guerre, l’un des plus importants sites de commémoration de la Première Guerre Mondiale. Grâce notamment à l’accueil et à la disponibilité de Madame Evelyne Damay, conseillère pédagogique au musée, ils ont pu toucher certains objets (obus, casques, sacoches…), afin de ressentir plus directement la réalité de la guerre et de la souffrance des soldats.
« J’aspire à trouver un endroit où tous sont réunis. Au cratère de Lochnager un visiteur parlait de son arrière-grandpère. Cette glorifiaction me cause un problème…. Au cratère, je m’attendais à un mémorial, au lieu de cela j’ai trouvé une glorification britannique du déclenchement de la bataille de la Somme. …J’ai pris conscience du nombre de morts ! Au cratère, j’imaginais l’explosion…. »
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Toujours à l’Historial, des ateliers de recherche, d’analyse de textes et d’écriture ont été organisés, avec l’aide de Madame Lucie Balin, Commissionaire de l’exposition « Les Ecrivains dans la Guerre/ Nous sommes de machines à oublier » », Historial, 2016. Les jeunes européens ont ainsi accéder au Centre de documentation su site, habituellement ouvert aux chercheurs! Ils ont travaillé à partir d’ auteurs tels qu’Alfred Lichtenstein, Pierre Loti, JRR Tolkien, ou sur des thèmes de recherches, Vie et destins des civils, Economie, destructions et propagande durant la Grande Guerre.
« Dans les Archives, le livre que j’ai consulté était exactement celui que j’avais demandé ! Les dames s’étaient donné du mal !… J’ai découvert des informations sur les victimes en Roumanie. Deux fois plus de civils que de militaires !… »
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En parallèle, durant le séjour, des ateliers « Mouvements et Sons » ont été menés avec l’actrice Astrid Rashed. A partir des éléments qui ont impressionné les participants, des scènes sont esquissées, avec des textes, des mots inducteurs. Petit à petit, les jeunes ont construit une « fresque théâtrale », exprimant leurs recherches, leurs sentiments et leurs découvertes au cours de la session. Ce travail a trouvé son aboutissement en étant présenté à l’Historial à la fin du séjour.
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Pour en savoir plus, lire le journal du bord: Chronique Péronne Mai 2017
le témoignage de Madame Damay: Letter from E_DAMAY_June 2107
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Journey in Peronne (France)

Already five Summer Peace Schools for the VoCE project!
See the pictures
This event, which stood between 21 and 27 of the month of may 2017, has been constitued by a work of poetry and theater, in some places of very high symbol and emotion. Péronne, in France, has got one of the most important museum and monuments devoted to the memories of the First World War.
The words written by the Bosnian Young people who took part of the project are the best account of the time they shared together:

War – every war is the same.
Killed, wounded, tortured….
Starving…
Ruins…..
But, in the end, war finished.
Then the only thing left is sadness, pain and wounds that are hard to heal but will pass one day  : you are the living experience for that.
100 years ago you have passed through hell, hate and conflict,
But now you are the leading and brotherly forces in Europe.
After all you’ve been through and what your ancestors thought, today you progress, move forward.
During these few days you showed that to us.
You were spending time together, visiting monuments, talking about the past together. You are well aware of what had happened.
But you, new generations, are together again and keep history not to be forgotten.

But we….
Small country Bosnia and Herzegovina, which lots of people never heard about, we are experiencing sadness for 20 years, and we are counting.
We lost our families,
We are growing up without parents, brothers or sisters.
We try to move beyond but our wounds are still fresh and they do not pass.
Mostly because of our Presidents.
All monuments, cemeteries, museums that we have seen here awakened compassion and sadness within us
And we would love our country to do the same.
How could we show you, one day, our history one-hundred-percent
And make you feel like you made feel us!
We want to tell you that in front of GOD we are all the same, brothers and sisters, and that all children are OUR children, and that all dead people are OUR people.
We think that we must not separate by percentage people who died for their country and freedom.
Therefore we need to raise a monument for them and not allow them to be forgotten.
We hope that our politicians one day will do the same thing, and that they will understand that only if we are together we can do anything good and make a better future for us.
But as long as they separate us, still talking about war and encourage us to hate, we are bound to stay on spot.
Because, even after 22 years, the main question and topic among our political leaders is: “Who is guilty?”
Is that still important?
Guilty – are all the people who created that war…
And after all we are here to uphold the legacy, memory of our dead ones, to rebuild our country but for peace and love among us as decided by a higher force.

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Summer Peace School à Péronne

Cinq Summer Peace Schools déjà pour le projet VoCE!
Voir les photos
Cette édition, qui s’est déroulée du 21 au 27 mai 2017, a constitué en un travail d’écriture et de théâtre, dans des lieux hautement symboliques et chargés d’émotions.
Ce sont les mots écrits par le groupe des participants bosniens qui pourront le plus rendre compte de l’importance et de la richesse humaine de cet évènement:

La guerre –
Chacune ressemble aux autres.
Des morts, des blessés, des torturés, des affamés, et des ruines….
Et à son issue, une fin.
La tristesse comme seul résultat, avec la douleur et les plaies.
C’était long à guérir mais un jour, c’était passé
Et vous les Européens, en êtes l’exemple vivant.
Il y a 100 ans, vous traversiez l’enfer, la haine et le conflit,
Et maintenant, vous êtes les forces motrices et fraternelles en Europe.
Après tout ce que vous avez traversé, après tout ce que vos ancêtres ont pensé, vous progressez, vous allez de l’avant.
C’est ce que vous nous avez montré durant ces quelques jours :
Vous passez du temps ensemble, vous visitez les monuments,
Vous échangez ensemble sur le passé.
Ayant conscience de ce qui s’était passé,vous les jeunes générations, vous êtes réunis désormais, et vous empêchez la mémoire de l’histoire d’être oubliée.
Mais nous autres – petit pays Bosnie-Herzégovine, dont beaucoup n’ont jamais entendu parler,
Nous traversons la tristesse depuis vingt-deux années et nous les comptons.
Nous avons perdu nos familles,
Nous grandissons sans parents, frères ou sœurs…
Nous nous efforçons de nous dépasser mais nos blessures sont encore fraîches et ne se referment pas.
La cause en est, pour l’essentiel, nos Présidents.
Les monuments, cimetières, musées que nous avons vus ici ont éveillé en nous de la compassion et du regret.
Nous aimerions tant que notre pays en fasse de même !
Comment pourrions-nous, un jour, vous montrer cent-pourcent de notre histoire et vous faire ressentir ce que nous avons ressenti pour vous !Nous voulons dire que face à Dieu nous sommes tous égaux,
Des frères et des sœurs
Et que tous les enfants sont nos enfants et que tous les morts sont nos morts.
Nous pensons que nous ne pouvons pas séparer par pourcentages tous ces gens qui sont morts pour leur pays et pour la liberté.
Et donc nous avons besoin d’ériger un monument afin qu’ils ne soient pas oubliés.
Nous espérons que nos politiciens deviendront, un jour, actifs
Et qu’ils comprendront que c’est seulement ensemble que nous pourrons réaliser quelque chose de bien et améliorer l’avenir.
Mais tant qu’ils nous séparent, en continuant de parler de guerre et en nous encourageant à haïr, nous ferons du sur-place.
Car aujourd’hui après 22 années, la question principale, le sujet favori parmi nos dirigeants politiques est de savoir : « Qui est coupable ».
Mais est-ce encore important ?
Coupables sont tous les gens qui ont mis en place cette guerre…
Et après tout, nous sommes ici pour maintenir l’héritage, la mémoire de nos morts, afin de reconstruire notre pays dans le seul but de la paix et de l’amour parmi nous qui nous vient par décision d’une force supérieure.

Voyage à Peronne

Voyage à Péronne, novembre 2016, avec Claude et Claude Bouveresse
par Mascha Join-Lambert, VoCE 2014-2018

Le Château de Péronne qui héberge l’Historial, cette grosse enceinte de briques arrondies qui se pose au milieu des eaux calmes, larges, planes, où les canards se jouent des cris de guerre, m’accueille dans ses bras, comme à chaque fois que je m’approche.

Cette ville qui, dans la nuit des temps, fut fière, souffle sa mélancolie. Ces maisons en briques rouges, ce pays de vastes champs labourés aux bords desquels attendent, en compagnie de corbeaux rauques, les longues rangées hautes de betteraves, rappellent le Nord de l’Allemagne.

Historial a réorganisé l’entrée de l’exposition permanente : les voiles doux  qui rappelaient sur leurs images, au rythme de la valse du souffle de l’air,  la vieille Europe insouciante de ce chaud été 14,  ont dû céder à des explications sur la brutalité des guerres d’avant 1914. Et c’est instructif car elles répondent à notre incrédulité face à l’explosion de violence.  Non, ce que voit un Otto Dix ne vient pas subrepticement déchirer le voile de la somnambulation inconsciente: les guerres coloniales, russo-japonaise, celle des Balkans en 12/13…,   avaient donné à voir la furie du mépris des peuples de ce monde hormis le leur propre, dont les nations de l’Europe s’étaient investi. A voir cela aujourd’hui, connaissant ce qu’il en advint, on se dit que cette explosion du mépris, tout en tuant les autres,  portait le premier coup mortel à leur propre civilisation, la nôtre.

Dans les salles, je tombe sur un ordre de séquestration par une Kommandatur sous le Baron v. Puttkamer et je pense à une amie chère, descendante de cette famille, qui, il y a quelques années encore, se demandait ce que l’Allemagne serait devenue si  la guerre « s’était bien finie »…. !  « Nous n’avons pas beaucoup de visiteurs allemands », me confie une dame du staff de l’Historial.

Thiepval : Nous découvrons ce site. Il me semble illustrer le sentiment de puissance que le Commonwealth a besoin d’affirmer comme  pour se prévenir d’un doute qui pourrait monter de toutes ces tombes à ses pieds. Comme si tous ces morts, peut-être, pourraient semer un doute qu’il faut stranguler, empêcher de germer, d’emblée.   Quelle disproportion pour les yeux d’aujourd’hui, quel recalibrage demandé aux Britanniques !

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Le nouveau musée de Thiepval m’apparaît plus anecdotique que thématique, avec cette immense fresque du « premier jour de la Bataille de la Somme » vu du point de vue anglais, et cet avion de Guynemer. Je constate à plusieurs reprises le respect des Anglais pour l’ « As des As » de l’aviation allemande, Manfred v. Richthofen, c’est le fair-play entre égaux. J’aperçois la photo d’un officier allemand de l’aviation : même cadre, même couleur, même uniforme,  même décoration, même attitude,  même regard, que le portrait familier de mon oncle Carl Cleinow, le frère cadet de mon grand-père, dont l’avion avait été atteint ici dans la région au printemps 18 alors qu’il venait d’échapper à la mort sur le front russe  -

Et alors je dois sortir à grand-pas, crier « Scheisskrieg » et taper dans quelque chose, taper encore, et heureusement, les amis Claude Bouveresse sortent, une drôlerie aux lèvres….

Dehors, des milliers de messages anglais imprimés sur des « poppies » en plastique, plantés dans le talus. Quasiment tous les jeunes écrivent : « merci – votre sacrifice nous permet de vivre libres aujourd’hui » – je trouve une fois : « Merciless murderous generals« (Vous autres Généraux, assassins, sans pitié), une fois « Plus jamais la guerre – restons dans l’UE ».  Nous n’avons lu qu’une fraction, mais voilà des sensibilités très différentes. Et nous ne partageons pas avec des Anglais au sein de VoCE, c’est un fait.

Lectures passionnantes à l’Historial : je retiens les appels pressants à réfléchir à notre actualité. Un article traite des « Marginaux, marginalité, marginalisation »[1],  puis, le petit ouvrage « 14-18, retrouver la guerre » de 2000[2]  attire mon attention. Les auteurs réfléchissent à la « présence croissante » de la Grande Guerre dans la littérature et parmi les historiens. Ils nous proposent de l’expliquer par l’interpellation par la guerre des Balkans de 1992 : on croyait la Grande Guerre finie avec la fin de l’Union Soviétique et le Traité de Maastricht – elle revient par la résurgence du nationalisme. Les auteurs l’interprètent comme une manifestation du « deuil inachevé », par « le poids des morts sur les vivants ». Mon expérience personnelle en Allemagne de l’Est de 1990 à 2011 me donne à penser que cette interprétation pourrait viser juste.

Les auteurs approfondissent alors cette persévération du deuil, mais aussi la violence  persistante malgré son insupportable emprise : « les hommes nouveaux nés de la Grande  Guerre  (dans les régimes totalitaires) n’ont pas tardé à se muer en assassins », et se penchent  sur les sentiments de croisade et de sacrifice qui nous semblent irrecevables aujourd’hui. Les auteurs notent « la capacité d’attraction de ces atroces ferveurs sur les ‘ hommes nouveaux ‘ nés de la Grande Guerre.». Nous retrouvons sa force, exercée sur une fraction de la jeunesse actuelle, prête à se faire exploser pour des représentations du monde  qui rappellent les attentes messianiques de la Grande Guerre.

Ecrivains dans la Guerre : l’exposition temporaire à l’Historial s’appelle « Nous sommes des machines à oublier ». Je veux clore avec cette citation de Joël Bousquet[3] :

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« Ecrire l’œuvre d’invention
qui passerait sur la vie des hommes
pour arriver jusqu’à eux
et les toucherait hors de toute saison,
leur rendrait leur cœur
en leur rendant leurs yeux
l’œuvre dont l’invention
m’ arracherait à l’asservissante convention
d’ écrire et de me souvenir ».

 

[1]In : 14-18 Aujourd’hui, No.4/ Ed. Noesis, 2001 ; Article de Jay Winter sur le Front Est. Note jointe.
[2] Par Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, Ed.Folio-Histoire, 2000.
[3]Joël Bousquet, « Au Pré de mon Ombre…ou La vie est ronde », Fata Morgana Edition, 2007 ; Guillaume de Fonclare, « Joë », Paris, Stock, 2014

Afternoon at Staromiejski Park

On the afternoon of July 30th 2016, as the sun is shining on Staromieski Park, children are playing, young families are pushing their babies in prams, young ladies are having  a merry picnic.
But something is getting ready…
Some ladies, dressed up as of old, carrying bundles of clothes, are sitting on benches. Tables are brought up, around which people start playing or chatting.
IMG_4023 Some traditional Hungarian or Bosnian songs are heard…
This marks the beginning of the « Stones of Memory » project: for several hours, city residents are going to share these moments symbolizing memory, friendship, music, or simply the pleasure of being together.                             IMG_4009
That way, choristers are able to listen to a lady from Wroclaw bearing witness of the story of her own family. In spite of the language barrier, her participation through words, listening and human exchange is both moving and happy. (to read the story: personalfamilystory)
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If they wish, people who are here can also write a testimony of their family memory, or simply leave a trace of their presence in the park, and in this project.

On one side of the lawn, young women from Cluj University Choir(Rumania) lead children and their parents into dancing and singing traditional songs or nursery rhymes. Music and popular traditions show they are just another means of sharing the happiness of family life and celebrating memory.

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Further away, you can see some choristers of different nationalities and ages playing an improvised game of frisbee. There are no such things as sport games or intellectual games to meet and share moments of sheer happiness.             IMG_4079

The expression « playing music » is quite meaningful. And singers taking part in the « Stones of Memory » project don’t forget that « playing music » together is their first and primarily hobby.
Another surprise is proposed to visitors in Staromiejski Park: a sound painting performance, a kind of group improvisation based on hand signs. All 130 choristers take part under the leadership of Cyrille Colombier, artistic director to the VoCE project and choirmaster of the French 20.21 Vocal Ensemble. This leads to very personal ways of expressing vocal or acting talents in different sung or spoken languages, which in turn merge with the sounds in the park, water rippling from the fountain, children’s laughter and distant traffic and tramway noises.
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Un après-midi au parc Staromiejski

Samedi 30 juillet 2016: le soleil est radieux sur Wrocław, au Parc Staromiejski, des enfants jouent, des familles promènent leurs bébés dans des poussettes, des jeunes filles piquent-niquent joyeusement.
Mais quelque chose se prépare…
Des dames habillées à la mode ancienne, portant un baluchon, s’installent sur les bancs. On installe des tables, pour jouer, pour bavarder…
IMG_4023  Quelques chants traditionnels en hongrois, en bosnien s’élèvent…
C’est le projet « Stones of memory » qui démarre sa performance: pendant quelques heures, les habitants de la ville vivront ce moment de partage symbolisant à la fois la mémoire, l’amitié, la musique ou le simple bonheur d’être ensemble. IMG_4009
Ainsi, les choristes ont recueillir le récit d’une habitante de Wrocław, venue spécialement pour témoigner de l’histoire de sa famille. Malgré la barrière de la langue, sa participation fut à la fois émouvante et joyeuse, dans un échange de paroles, d’écoutes, de rencontre humaine.
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Les personnes présentes pouvaient aussi, si elles le souhaitaient, laisser un témoignage écrit de leur mémoire familiale, ou simplement une trace de leur présence au parc et dans ce projet. (voir le texte du témoignage: Témoignage30juil16
Sur un coin de pelouse, les jeunes femmes du chœur de Cluj (Roumanie) ont entraîné des petits enfants et leurs parents dans leurs chants et leurs danses, ou encore leurs comptines traditionnelles. Une autre manière de se rencontrer, et de célébrer la mémoire: celle de la musique, de la tradition populaire du partage et du bonheur familial. IMG_4033
Un peu plus loin, on pouvait voir d’autres chanteurs se lancer dans une partie de frisbie improvisé, mêlant toutes les nationalités et toutes les générations. Pour se rencontrer et être heureux, rien de tel également que le jeu, qu’il soit sportif ou plus intellectuel, spontané ou plus élaboré, dans l’herbe ou sur un coin de table. IMG_4079
On dit d’ailleurs « jouer » de la musique. Et les chanteurs participant au projet de la Mémoire des Pierres n’oublient pas leur passion première: jouer ensemble de la musique. Une dernière surprise attendait donc les visiteurs du Parc Staromiejski: une performance de sound painting, exécutée par les 130 choristes, improvisation collective dirigée par Cyrille Colombier, directeur artistique du projet VoCE et chef de chœur de l’Ensemble 20.21 (France). On a pu voir alors s’exprimer des talents de chanteurs, d’acteurs, des voix parlées et chantées dans différentes langues, des sons, des ambiances sonores, s’ajoutant à ceux de l’atmosphère du parc, bruit de la fontaine, des voitures et des trams dans le lointain, des rires des enfants.
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Address to the audience at Conservatorium Concert Hall, July 31st, 2016

We congratulate our Polish partner Cantilena for reuniting all the “VoCE 14-18”-partners here in Wroclaw. As you will hear in a few moments, they succeeded so well that the spirit of our “voices and ways through Europe” is rushing here among us.
You can see here choirs from six countries, a team of seven conductors, and people from all ages and all walks. In less than one week’s time they managed to mingle a group out of these 120 personalities from Romania, Hungary, Bosnia&Herzegovina, Poland, France and Belgium.
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The secret of their performance?
Having thought twice.
Then, proposing a wise program: one about memory , as symbolized by this heavy bundle an artist sculpted in the heart of your town, like the ones that persons carry with them when they must leave home – as soldiers, as refugees, as chased people, as DP’s…loosing their voices and their ways. As it happened in Europe during WW1, the whole of the 20th century, and again today in many places of the world.

During this week in Wroclaw, the singers put their bundles down from their shoulders. They opened them to show and share the contents:  the memory of our life stories, the history of our countries, our grips with the world…
They considered pride and humility, force and forgiving, egoism and brotherhood, all of which featured history of all our countries. They discovered how much each of us strives towards something we all simply call happiness in life.
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This week in Wroclaw taught us one lesson only: we must stand together as Europeans against fanatics, fundamentalists and demagogues of all sorts on our continent. We want to live together as the peoples of Europe that share history and their hope for brotherhood in Europe.

Therefore, you will listen to music of memory and of hope.

Mascha Join-Lambert     IMG_4242
Chairwoman Voix et Chemins d’Europe, Chambéry, France
Coordination « VoCE 2014-2018 / Voices from Citizens of Europe » Project

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Accueil à l’auditorium du Conservatoire de Wroclaw, le 31 juillet 2016, au concert final

Nous voulons d’abord dire « BRAVO » à nos partenaires et amis polonais de Cantilena pour avoir réuni tous les partenaires de VoCE2014-2018, ici à Wroclaw. Comme vous l’entendrez d’ici quelques moments dans leur musique,  Cantilena a réussi si bien que « l’esprit de VoCE »  flotte ici parmi nous…

Vous voyez ici des chorales de six pays, une équipe de sept chefs, et des personnes de tout âge et condition. En moins d’une semaine, nos amis ont réussi à former un groupe de ces quelques 120 personnes venues de Roumanie, de Hongrie, de la Bosnie-Herzégovine, de Pologne, Belgique et de France.

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Le secret de leur performance ?
D’avoir bien réfléchi.
Et de nous avoir ensuite proposé un programme de sages.
Construit autour de la mémoire, symbolisée par ce baluchon qu’un artiste a sculpté au cœur de votre ville. Comme les baluchons qu’en tout temps, ceux qui doivent quitter leur maison – soldats, réfugiés, chassés, « personnes déplacées » – emportent au moment où elles perdent leurs voix et leurs chemins. Comme cela est arrivé en Europe durant le Grande Guerre, durant tout le 20e siècle, et aujourd’hui dans beaucoup d’endroits du monde.

Pendant cette semaine à Wroclaw, les chanteurs ont déposé leurs baluchons par terre, les ont ouvert et partagé leurs contenus : mémoires des histoires de nos vies, de nos peuples, de nos relations avec le monde…
Ils ont entrevu l’orgueil et la prière, la force et le pardon,  l’égoïsme et la fraternité, qui tous ont forgé l’histoire de nos peuples. Ils  ont redécouvert à quel point en chacun de nous vit une aspiration égale à ce qu’on peut appeler  simplement le bonheur !
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Et aussi simple est la leçon de cette semaine à Wroclaw : ensemble en tant qu’Européens nous nous devons de réfuter les fanatiques, fondamentalistes et opportunistes de tout poil sur notre continent.  Nous voulons vivre ensemble en tant que peuples d’Europe qui partageons l’histoire  et  l’espoir de fraternité.

Vous écouterez donc de belles musiques de mémoire de d’espoir.

Mascha Join-Lambert                IMG_4242
Présidente Ass. »Voix et Chemins d’Europe », Chambéry, France
Coordination du projet VoCE 2014-2018

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Célébrer la paix, plutôt que commémorer les guerres

Le projet VoCe 2014-2018 est né juste au moment où l’Europe s’apprêtait à commémorer le centenaire de la Première Guerre Mondiale. La réflexion de ses initiateurs, citoyens de différents pays (Allemagne, France, Pologne, bientôt rejoints par la Pologne, la Bosnie et plus récemment la Roumanie et la Hongrie) a porté essentiellement sur une manière différente de marquer ce triste anniversaire. Ils ont placé la pratique artistique comme moteur des actions qui ont jalonné les différents rendez-vous, ceux déjà organisés, et ceux qui vont encore se poursuivre dans les mois prochains. Réunis lors de l’important évènement qui vient de se dérouler à Wrocław (Pologne), les citoyens-chanteurs européens retiendront surtout les moments de partage musicaux et festifs qu’ils ont vécus ensemble. Toutefois, le temps du souvenir n’est pas complètement absent: lors du séjour (jeudi 28 juillet), nous avons eu la chance de rencontrer trois historiens polonais, qui ont initié et participé à un moment de réflexion sur la question de la paix. IMG_0954IMG_1022                           Tomasz Pudłocki, Jagiellonian University, Crakovia et Mascha Join-Lambert, présidente et initiatrice du projet VoCE Sur le plan historique, la première chose à connaître est le fait que la Pologne n’existait pas en tant qu’état constitué, comme on peut le voir sur la carte ci dessous. La ville de Wrocław était sous occupation germanique et portait alors le nom de Breslau. carte1guerre Toutefois, la conscience de la nation polonaise existait chez les citoyens, en particulier chez les artistes, les musiciens. Ceci correspond à ce que les historiens ont appelé « l’Eveil des Nations », mouvement qui a démarré au milieu du 19e siècle, et dont plusieurs musiciens européens se sont fait écho dans leurs oeuvres (Smetana: « Vlatava » (ma Patrie), Albeniz: « Suite espagnole »…). C’est d’ailleurs le Song for Peace, écrit par Sibelius sur un air extrait de « Finlandia », qui sera interprété par les choristes le lendemain à Lambinowice. Ce sont donc trois armées qui se battent sur le sol polonais entre 1914 et 1918. Il semble difficile de savoir qui ont été les vainqueurs des différentes batailles qui s’y sont déroulées. On retiendra surtout que c’est à l’issue du conflit, grâce à la notion du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et au soutien de pays tels que la France, que l’Etat Polonais indépendant a pu voir le jour. On retiendra également que, quelque soit le pays engagé dans la guerre, quelle que soit l’alliance à laquelle il appartenait et au-delà de la notion de victoire, on retrouve les mêmes points communs : – l’horreur des combats et l’hécatombe de toute une génération de jeunes hommes – toutes les familles concernées par un membre tué ou gravement blessé (père, mari, frère, oncle…) – la souffrance et la pauvreté pendant et après le conflit, touchant aussi bien les militaires que les civils – l’émancipation des femmes – l’érection de monuments à la mémoire des victimes, même dans des lieux où il n’y a pas eu de batailles (exemple de Budapest) Par contre, ils sont assez peu nombreux en Pologne, où les souffrances, pires encore, de la Seconde Guerre Mondiale sont plus présentes. A l’issue de la conférence, des groupes de réflexion ont été constitués pour échanger sur la notion de commémoration et surtout de la paix. Les sujets abordés ont été divers: la question des minorités en Pologne aujourd’hui, le souvenir des populations déportées, en particulier les populations vivant à l’Est, ce qui correspond à l’Ukraine actuelle, vers l’Ouest, l’identité des populations au moment de grands évènements tels que la chute du mur de Berlin, la guerre dans les Balkans. Cette conférence nous a menés au cœur des questions que se posent les Européens aujourd’hui: est-ce possible de se trouver soi-même en fermant ses portes?  Et peut-on guérir des souvenirs douloureux sans se tourner vers autrui qui  éprouve les mêmes peines? IMG_1042 En voici quelques témoignages:  » Pour moi, qui avait 5 ans quand la guerre a commencé dans mon pays, la Mémoires des pierres, ce sont les traces de balles, de tirs, de grenade, que l’on voit encore sur les murs des maisons. Ce sont aussi les roses peintes sur le sol. Ces traces  permettent de se souvenir que cela ne doit plus arriver  » (Dunja, Bosnie) Mes grands-parents déportés d’Ukraine près de Wrocław, jusqu’à leur mort, ne se sont pas installés , mais étaient en attente de rentrer chez eux… pendant 40 ans (Terenia, choriste franco-polonaise). « C’est difficile d’enseigner la mémoire aux enfants. On enseigne souvent que le point de vue de son propre pays. Parfois aussi, c’est trop d’émotion de chanter des œuvres qui nous rappellent ces expériences si douloureuses. » (Anne-Marie, France)  » C’est une bonne idée de commémorer de manière fraternelle. Nous pouvons dire que nous sommes désolés, mais nos générations ne sont pas responsables. Si nous nous étions rencontrés il y a 100 ans, nous aurions peut-être été ennemis » (Levente, Hongrie) IMG_1044  » On n’apprend pas forcément du passé, il y a toujours une guerre quelque part, même si elle ne se situe pas en Europe; il y a aussi aujourd’hui le terrorisme; souvent aussi, les médias et les politiques divisent l’opinion » (Olivier, France)  » Près de chez moi, il y a un monument de la Première Guerre Mondiale. Je passe devant tous les jours, mais je n’y pense pas à chaque fois, ce n’est pas possible ». (Ildiko, Hongrie)  » Il faut trouver quelque chose qui nous rassemble, pas uniquement la nation ou la religion, comme c’était le cas par le passé. C’est ce qui m’intéresse et que je trouve original dans votre projet VoCE: plutôt que de commémorer la guerre, il célèbre avant tout la paix, et je vous encourage à poursuivre ». (…. historien, Pologne) Le lendemain, tous les chanteurs participants à cet évènement ont pu se rendre à Lambinowice. Là se trouve un cimetière militaire où plusieurs milliers de soldats tombés au cours de la Première Guerre Mondiale sont enterrés. Toutes les nations y sont représentées: Pologne, Russie, Roumanie, Serbie, Allemagne, Grande Bretagne, France… Nous y avons chanté le « Song for Peace » de Sibelius et formé une chaîne d’amitié, déambulant dans les allées de ce cimetière. IMG_1514
Voir la vidéo de l’évènement: lambinowice

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Celebrate peace rather than commemorate wars

2014-2018 VoCe project was born at the time when Europe was about to start commemorating the Centenary of the First World War.
The thought of its proponents, who are citizens from several countries like Germany, France, Poland, soon joined up by members from Bosnia and more recently from Rumania and Hungary, bore essentially on the way to celebrate differently this sad anniversary.
They decided that artistic practice should be the main motive for the actions which were to mark out each meeting, whether already planned or due to be held in the forthcoming months.
European citizen-choristers brought together for the important event that has just taken place in Wrocław (Poland) will mainly remember those moments of musical and festive togetherness they shared with each other.
However, the time for remembrance was not totally out: during our stay, we were honoured to meet three Polish historians who initiated and took part in a debate on peace: Tomasz Pudłocki, a research fellow of the Jagiellonian University, Crakovia – the oldest Polish university, accompanied by Magister Stanisław Szynkowski – PhD student at the University of Opole and Mag. Magda Arsenicz – PhD student at the Jagiellonian University.
IMG_0954IMG_1022          Tomasz Pudłocki – Jagiellonian University, Crakovia  and Mascha Join-Lambert, président and initiator of VoCE project

From the historical point of view, one must bear in mind that Poland didn’t existed previously as a political State, as shown on the map below. The city of Wrocław was under German rule and was then called Breslau.
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Nevertheless, there was an awareness of a Polish nation among citizens, especially artists and musicians. This corresponds to what historians called « The awakening of the nations », a movement that began in the middle of the 19th century, and which was echoed in a number of works by European musicians, such as Smetana (Vlatava,my homeland),  or by Albeniz (Spanish Suite). The suite Finlandia (1899) by Sibelius provided Finland its present (unofficial) hymn, and the latter was sung several times under the title A song for Peace by the choristers in Wrocław and Łambinovice

From 1914 to 1918, three armies thus fought on Polish ground. It may seem difficult to know who the « winners » of those battles were. It will be remembered that the State of Poland was born at the end of this conflict, thanks to the notion of the Right of peoples to self-determination and to the support of countries such as France. It is also important to remember that, whatever the country implied in the war, whatever its alliances and beyond the notion of victory, some common points clearly appeared:
- Hatred for fights and for the mass slaughter of a whole generation of young men.
- In most families, at least one member had been killed or had been seriously wounded.
- Sufferings and poverty were endured during and after the conflict by soldiers and civilians alike.
- Emancipation of women
- Setting-up of war memorials to the victims even where there had been no fights (i.e. Budapest). In contrast, those memorials are fairly rare in Poland where the sufferings of the Second World War, which were even worse, are more vivid.

At the end of the lecture, groups of thought were formed to exchange ideas on the theme of commemoration and especially of peace.
Different topics were debated: the issue about minorities in Poland today, the memory of deported people, especially people who were living in the East, this correspond to the current Ukraine, to the West, the identity of people at major events like the fall of the Berlin Wall, the Balkans War.
This conference led us to the heart of issues concerning European citizens now a day: is it possible to find ourselves while closing our doors?
And can we heal from painful memories without turning to others who feel the same pains?

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Here are some testimonies:
« For me, who was only five when war began in my country, the Stones of Memory are the traces of bullets, hand-grenades or shootings one can still see on the walls of houses.  They are also the roses painted on the ground. These traces enable us to remember this must not happen again ». (Dunja, from Bosnia)
 » My grand parents were deported from Ukraine near Wrocław. They thought they could be back home during 40 years… » (Terenia, from France, born in Poland)
« It is difficult to convey memory to children. We often teach from the point of view of our own country. Sometimes it’s too emotional to sing pieces that remind us of such painful experiences ». (Anne-Marie, from France)
« It is a good idea to commemorate in a feeling of brotherhood. We can always say we are sorry, but our generation is not responsible. If we had met a hundred years ago, we might have been enemies ». (Levente, from Hungary)
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« We don’t necessarily learn from the past. There is always a war going on somewhere, even if it is not within Europe. Today there is terrorism. Often, the media and politicians play at dividing people ». (Olivier, from France)
« Near where I live, there is a war memorial to the First World War. I walk past it every day but I don’t think about it every time, it is not possible ». (Ildiko, from Hungary)
« We must find something that will keep us together, not just our nation or our religion, as it has been in the past. This is why your VoCe project is original and interesting: rather than commemorating wars, it celebrates peace above all, and this is why I encourage you to keep up in this direction ». (Tomas Pudłocki, Polish historian)

The next day, all the choristers taking part in this event were driven to Łambinovice, 90 kilometres South of Wroclaw: this is the site of former Stalag (camp for war prisoners) and of a war cemetery where thousands of soldiers who fell during the First World War are buried. Most nations are represented: Poland, Russia, Rumania, Serbia, Germany, Great Britain, France…
This is where we sang Sibelius’s Song for Peace again and formed a chain of friendship in the paths between the graves.
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See the video of the event: lambinowice