Archives pour la catégorie Récits et témoignages

Choeurs en transit

Pour commencer l’après-midi, chants de chaque pays dans les bus de la ville.
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En groupe, chacun a son rythme…Il faut tenir compte des bavards, des pas pressés, des accablés par la chaleur… On finit par se mettre en mouvement, chacun avec son badge autour du cou pour être bien identifié : VoCE 2017- Silence of Babel.

Prise d’assaut du bus n°6 par le chœur français : long, très long bus, double avec soufflet et plate forme mobile en son milieu, où s’installe Cyrille, le chef de choeur. Situation périlleuse. Le groupe est réparti dans la totalité du bus : pas simple ! Allez ! On démarre par une pièce de Machuel : le Bestiaire de Noël, la Puce ! Pas facile de voir le chef ! Pas facile de s’entendre d’un bout à l’autre !
tram03Le public captif prend les flyers distribués –ou pas- et écoute, un peu surpris, amusé parfois. Arrêts. Montée. Descente. On continue. Changement de bus, dans l’autre sens cette fois: le 25 nous conduira à notre prochaine étape. Toujours bus double, mêmes difficultés mais plus d’échanges avec les passagers. Aucun doute que les autres chœurs ont vécu la même expérience en suivant d’autres lignes…

Arrivée au Julius Moll, grand complexe commercial, temple de la consommation, où se sont donnés rendez-vous tous les chanteurs. Là, plus question d’être identifiés. Escamotage des badges. On se prépare pour un flash mob. L’air de rien promenade par petits groupes dans le hall, certains prennent l’escalator pour une vision dominante de la situation et mieux se faire entendre.
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Soudain : Babel !! Quelqu’un entonne le début de l’Hymne à la joie et chacun le chante dans sa langue. Puis sous la direction de Arndt, le chef allemand, nous nous retrouvons tous pour faire résonner dans le hall An die Freude, la version originale en allemand. Moment fugitif, très fort.


Quelques larmes d’émotion…le groupe s’éparpille pour un retour en ville : qui va se reposer, qui se promener, qui se boire une bonne bière, qui courir les magasins…

Mais la journée n’est pas terminée. Après nous être retrouvés à la salle de répétition pour des mises au point nécessaires sur des partitions difficiles, nos hôtes nous montrent un montage video permettant de revenir sur le City game de la veille. Drôle et original, comme l’étaient les noms des différentes équipes :The Babel’s vocals, Presto, Matthias’band, ou United heroes….

Au moment du repas,  les allemands, enfin réunis nous offrent un beau chant de Mendelsohn.
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Depuis la veille on attend le groupe de jeunes français des Peace Summers Schools : ils finissent par arriver dans la soirée, affamés, après des pérégrinations à rebondissement.

Le groupe VoCE est cette fois au complet.

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Ausblick auf 2018

Als ich die fast 200 Singenden die Bühne erklettern beobachtete, in Cluj alias Koloszar alias Klausenburg in Transylvanien, Rumänien, vor gerade ein paar Wochen, sprang es mir ins Auge: diese VoCE2014-2018 – geschichte ist eine Geschichte von Vertrauen. Keiner dieser Dirigenten kannte sich noch vor ein paar Jahren. Zuerst war es einer, dann zwei, heute acht, die ihre Chormitglieder aus sieben Ländern mit uns durch Europa ziehen.
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Bringt Musik einen Mehrwert für die Erinnerung an 1918, das Jahr, in dem der Krieg schließlich die Waffen streckte? [1]
Zusammen singen, fünf Jahre lang, beieinander Gast sein – eine Schule des Vertrauens?
Möglicherweise nur eine nette Illusion.

Heute in Europa: da sind Länder, deren Bürger nicht mehr zusammen leben wollen, gerade handgreiflich zu betrachten in Spanien. Welch ein Energieverschleiss, so scheint es uns. Und in Rumänien waren wir Zeugen der Verbalkanönchen zwischen der ungarischen Minderheit und der rumänischen Mehrheit. Man konnte sich ausmalen, was am 1. Dezember 2018 zu hören sein wird, wenn Rumänien stolz seinen Nationaltag feiern wird, der an den Ausgang des Referendum in 1918 erinnert, mit dem Transylvanien Rumänien zugesprochen wurde – ein Feiertag, der gerne vergißt, dass auch für die seit damals minderheitlichen Ungarn dort ihre Heimat ist, ebenfalls seit 1000 Jahren. Auch Ungarn zieht schon alle Register dem Nachbarn gegenüber. Hier wird 2018 die Musik eher gegeneinander spielen.
Nein, Vertrauen ist an der Quelle schon vergiftet, wenn man Zukunft im Brunnen der alten Konflikte schöpfen will.

Heute in Europa: da sind Länder, die Reparationen von Deutschland verlangen, weil sie keine andere Möglichkeit erkennen, von dem Land der Ewig Klassenbesten und Wandelnden Grundsatzreferate respektiert zu werden – und dies trotz jahrzehntelanger echter Mühen um Ausgleich und Versöhnung.
Nein, Vertrauen kann nur bei Pflege der Lust auf Ent  -  deckung lebendig bleiben: bei den einen, dass sie mehr sind als die stets Schuldigen, bei den anderen, wie sehr Erinnerung sie schmerzt.

Was also können wir ausrichten?

Aber ja, gemeinsam singen ist eine Schule zu geschwisterlichem Vertrauen, denn die freie Muse verteilte die Geschenke der Begabung und Beglückung ohne Rücksicht auf Vorrechte jedweder Sorte. Ein deutsches Sprichwort sagt: „Wo man singt, da laß Dich ruhig nieder“. Dazu wird uns Savoyen im Sommer 2018 einladen: Sitzen im Grünen und am Wasser, Schweigen, Hören, Denken, Singen, Reden, Tanzen…und danach werden wir das Vertrauen von Europäern nach Berlin tragen, im November 2018.

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Mascha Join-Lambert

 

[1] Auf französisch reden wir nicht von « dem  Ende » des Kriege, sondern von „den Wegen aus dem Krieg“

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Edito rentrée 2017

Voyant ces presque 200 chantants monter sur scène, à Cluj en Roumanie, j’étais surprise par l’évidence : VoCE 2014-2018 est une histoire de confiance. En effet, aucun de ces chefs de chœurs ne se connaissaient, il y a  5 ans. Ils étaient deux, puis trois, ils sont huit aujourd’hui  entraînant avec eux une si belle ribambelle de gens de tout âge, de sept pays d’Europe….
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La musique, une valeur ajoutée pour l’Europe qui s’apprête à se souvenir de 1918, l’année où la Grande Guerre s’épuisa? Chanter ensemble, une école de confiance ?
Est-ce là un vœu pieux ?
Actuellement, en Europe, il y a des pays dont les citoyens peinent à vivre ensemble, l’Espagne nous en montre le plus triste épisode, et y perd de l’énergie. Nous avons entendu les escarmouches verbales en Roumanie qui fêtera en grande pompe le 1er décembre 2018 – journée nationale et centenaire du référendum qui décida du rattachement de la Transylvanie à la Roumanie, oubliant volontairement que pour leur depuis-lors minorité hongroise, il s’agit de leur terre natale aussi – depuis 1000 ans….
Non, la confiance est empoisonnée à la source si on s’en va puiser l’avenir dans les puits-des-vieux-conflits.

Actuellement, en Europe, il y a des pays qui réclament des réparations à l’Allemagne, seul moyen, croient-ils, pour se défendre de ce grand pays des premiers-en-tout et ayants – toujours-raison, et ceci malgré les décennies de vrais efforts de réconciliation.
Non, la confiance ne peut vivre que si l’on cultive le désir dé – couvrir, chez les uns qu’ils sont davantage que d’éternels coupables, chez les autres qu’ils ont des cœurs de mémoires souffrantes.

Alors que pouvons-nous ?

Oui, chanter ensemble est une école de confiante fraternité car la Muse, libre, a distribué le cadeau de l’émotion musicale en se fichant des préséances.   Un proverbe allemand dit : « Assieds-toi là où on chante ».

La Belle Savoie nous y invitera en août 2018, pour nous asseoir dans l’herbe et au bord de l’eau, nous taire, écouter, penser, chanter, parler, danser….
Et puis, nous porterons la confiance des Européens à Berlin, en novembre 2018.

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Mascha Join-Lambert

Pădura Hoïa, la forêt des mystères

 Une (demi-) journée particulière à Pădura Hoïa le mercredi 23 août…

En ce bel après-midi, nous nous rendîmes à pied ou en bus, selon les possibilités de chacun, à la Forêt des Mystères : cadre champêtre avec installations ad hoc telles tables, bancs, podium et même toilettes…
Mais cette forêt de 250 hectares nous fut aussi présentée pour son caractère inquiétant, envoûtant, notamment pour ceux qui risqueraient de s’y aventurer la nuit : c’est le Triangle des Bermudes local, nous dit-on, avec apparitions paranormales, fantômes, OVNI, disparitions multiples de personnes, de visages sur des photos, et même d’un troupeau avec son berger… nous voilà prévenus !!
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Pourtant, il faisait encore jour quand Timea, membre de l’équipe d’organisation, nous annonça le programme, sous forme de jeux divers : Quizz (avec prix !) sur la Roumanie, Devinez la chanson, La guerre des chiffres, Report sur la conférence du matin (sur le déroulement et les effets de la première guerre mondiale en Roumanie-Transylvanie), freezbee, badminton, volley-ball, ou tout simplement take a rest in the sun…
Puis ce fut le tour de Lila, en grande prêtresse de Mère-Nature, de nous inviter très simplement et sans surcharge mystique, à fermer les yeux, à nous laisser bercer par le vent, à sentir la caresse de l’air sur nos visages, à écouter le bruissement des grands arbres sombres nous entourant, à goûter la chaleur de ce bel après-midi à l’écart des rumeurs urbaines…Mais surtout à rappeler l’enfant veillant en chacun de nous, à le prendre par la main et le ramener à nos côtés pour le plaisir des jeux… un authentique moment de bonheur intime et partagé…

Au bout de quelques heures, passés les jeux structurés, freezbee et ballon mirent les corps en mouvement, entre rires, feintes, accélérations, sueur et bienveillance mutuelle… tandis que d’autres en profitèrent pour se reposer silencieusement…
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Puis ce fut l’apparition sur la scène, tel un vaisseau naviguant sur la vaste prairie, de nos trois serveurs habituels : en chemise blanche, gilet et pantalons noirs, tout droit sortis d’un film de Kusturica… il ne manquait que le Brass-Band !! Discrètement, ils installèrent les prémices d’un grand banquet international. Tout ceci sous l’œil désinvolte des quatre gendarmes spécialement détachés pour notre sécurité, à l’écart dans leur véhicule…

Sans oublier la musique, elle aussi au rendez-vous, tout d’abord enregistrée, suivie très vite par les guitares endiablées, dont celle de Zsombi en tête, ranimant plus d’un vieux tube de nos seventies-eighties : Janis Joplin, Hey Jude, Blowin’ in the wind, Hallelujah, et j’en passe…
Oui, combien ce fut bon de sentir cette subtile combinaison intergénérationnelle venir ranimer le corps, l’affect, la mémoire, la poésie, le lien simplifié à soi et aux autres, …a song of (for) peace…
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Mais nous n’en restâmes pas là et les agapes réjouirent ventres et papilles, avec spécialités multiples : roumaines, polonaises, bosniennes et autres french cheese
Ce grand plaisir, comme une petite grâce (même si le mot est très connoté), nous permit-il de dépasser – même provisoirement la division babélienne – et d’en garder une part à l’intérieur de nous, l’avenir le dira…Toujours est-il qu’il n’empêcha pas pour autant le rangement efficace et collectif des lieux…

La nuit était tombée, et nous voilà par petits groupes, à pied ou non, nous dirigeant vers le centre de Cluj, causant, riant, chantant encore, tassés dans le bus roulant vers le Confucius Institute où dormir et, pour ma part, rêver – comme en écho – de la Couronne de Bréona, un sommet alpin escaladé enfant, et dont j’admirais la beauté lumineuse, sans oublier les difficultés de l’ascension.
N’est-ce pas une invite, toute subjective, à l’émotion esthétique transcendant sans pour autant nier ce qui nous différencie (et parfois nous oppose) les uns des autres ?!?

Signé le 30 août 2017 :
Olivier Casalis, dit Olfonse, choriste français engagé dans le projet VoCE

 

 

 

 

 

 

Souvenirs d’un 23 août

Cluj-Napoca, Roumanie – Europe – mercredi 23 août 2017.

6h45 : Une nouvelle journée du festival international VoCE débute. Mes yeux s’ouvrent mais mes pensées sont encore perdues dans le souvenir des bons moments passés la veille avec nos amis de VoCE. Les quelques rayons de soleil qui percent à travers les nuages viennent illuminer le rideau rouge et remplissent la chambre d’une atmosphère douce et apaisante. Mon collègue de chambrée s’étire lentement. Il va être temps de se préparer à partir pour la rejoindre la salle de répétition et bien d’autres aventures. Il s’agit de ne pas traîner ; aujourd’hui la répétition démarre à 9h et le programme est chargé car à 11h il y a une conférence. C’est parti !

7h55 : Devant la résidence universitaire, à l’arrêt du bus, je retrouve des têtes que je connais plus ou moins, celles des ensembles français que je croise régulièrement, celles des membres des autres chœurs que j’ai déjà pu rencontrer l’an dernier en Pologne à Wrocław et les nouveaux visages qui ne demandent qu’à être découverts.
L’air est plutôt frais, le ciel à tendance à rester un peu couvert, espérons qu’il ne pleuve pas pour les activités en extérieur de l’après-midi.
Quel bus déjà ? Le numéro 24, le 24A ou le trolley numéro 25. Le premier qui arrive…

Après avoir quitté la zone du campus universitaire, le bus tourne sur le boulevard du 21 décembre 1989, artère « autoritaire » dont la conception et l’architecture est caractéristique de la période qui a précédé cette date qui donne son nom à la voie.
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Deux fois trois voies de circulation et de chaque côté un large trottoir avec une contrallée de stationnement, beaucoup de circulation. Urbanisme efficace et fonctionnel, architecture brutale et rationnelle… en apparence. Des immeubles d’habitation imposants et austères en béton de 11 ou 12 étages. Ils devaient plaire à leur construction. En pieds de bâtiment des commerces alimentaires où l’on peut faire ses courses ou simplement acheter de quoi grignoter, des boutiques, des cafés, une activité humaine folle. Le bus continue sa course vers le centre-ville et progressivement le paysage change pour arriver avec peu de transition à une ville plus traditionnelle d’Europe centrale austro-hongroise d’avant la première guerre mondiale.
Arrêt « Memorandumului strada » : il faut descendre !

8h20 : Je traverse la place Unirii. A gauche, la cathédrale et la statue de Matei Corvin. A droite, les boutiques, le glacier, les pâtisseries, les cafés et leurs terrasses. Depuis le city-game d’hier on a appris à connaître ces lieux. Ils me sont presque devenus familiers. Placeuniiri Une traversée de la rue Napoca et c’est la rue de l’Université. On approche. Encore un petit effort pour rejoindre le restaurant dans lequel est servi le petit déjeuner.
Après une collation nécessaire pour tenir toute la matinée, il est temps de rejoindre le bâtiment de l’université Babeş Bolyai et la salle de répétition.
Majestueux palais universitaire typique des constructions engagées à la fin du 19ème siècle, symbolisant la puissance de la connaissance et du savoir. Façade néo-classique recouverte d’un appareillage de briques jaunes, socle et corniches en calcaire blanc, décor de temple romain en partie haute du corps central sur le fronton duquel est inscrit le nom de l’université. Trois marches pour monter sur le perron. Universite
Une fois poussé un des vantaux de la grande porte principale, on accède au hall à partir duquel se déroule face à l’entrée un escalier monumental distribuant l’ensemble des ailes du bâtiment. Quelques marches depuis le hall et on peut enfin emprunter ce grand emmarchement. Une première volée d’une vingtaine de marches amène à un pallier où l’escalier se divise en trois. En face ? Non, cela mène à l’aile nord. A droite ou à gauche ? L’une ou l’autre de ces deux volées conduit vers l’amphithéâtre où les différents chœurs travaillent ensemble depuis ce mardi jusqu’à la fin de la semaine pour préparer le concert final et les autres interventions qui sont programmées jusqu’à la fin de la semaine.

8h55 : J’entre dans l’amphithéâtre qui se remplit doucement. Sur le tableau noir est dessiné à la craie le schéma de positionnement des différents pupitres pour chanter la pièce de Schütz, An den Wassern zu Babel, écrit pour double choeur . Des membres du chœur roumain Visszhang korus sont là. Quelques chanteuses du chœur de Pologne sont déjà assises. Les membres du chœur hongrois s’installent. Les français se sont aussi répartis dans les rangs. Les chanteurs allemands ne sont encore que quatre mais le reste du groupe arrive ce soir. Nos collègues belges nous rejoignent. A côté de qui vais-je m’asseoir ? Rester entre français ? Non, il faut se mélanger et mélanger nos voix. A côté d’un Belge et un Hongrois, derrière deux Roumains, ça me paraît bien.
Tout le monde est installé, la chauffe va pouvoir commencer. Aujourd’hui c’est le tour de Cyrille, le chef de chœur français, de nous mettre en condition. Après un bon quart d’heure, nous sommes tous prêts à nous mettre au travail.
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Adam, le chef de chœur polonais, démarre la séance de travail sur Al Naharot Bavel de Salomone Rossi. Quelques exercices de prononciation des mots du texte en hébreu pour que le sens soit bien retranscrit et quelques indications de nuance et d’interprétation à noter sur la partition.
Tijana, leader du groupe vocal bosnien Corona, lui succède pour nous faire travailler quelques passages de Five Ways to kill a man de Bob Chillcot. Là encore la prononciation doit être travaillée pour que le texte et la musique soient précis. Même si les notes ne sont pas totalement justes, elle nous demande de garder l’énergie du texte et le rythme. C’est noté !On poursuit par un travail mené par Cyrille sur Dark like me, œuvre de Thierry Machuel. Là encore tout est question de rythme et d’accent, pour parvenir à interpréter cet hommage à l’histoire et à la musique des afro-américains. Ceux de 20-21 ont un peu l’habitude de ce genre de chose, mais nos amis des autres chœurs s’en sortent très bien aussi.

11h : Il est maintenant l’heure de la conférence. Mascha, présidente de l’association Voce 2014-2018 et les jeunes de la Summer Peace School nous ont rejoints. Mais on nous annonce que le conférencier va avoir un quart d’heure de retard.
Ne nous laissons pas abattre par cette mauvaise nouvelle, soyons efficace et continuons à travailler. Pourquoi ne pas de faire un peu de Grégorien en attendant ? Charlotte, chef de chœur belge, comble l’attente en nous faisant réviser un peu la phrase que l’ensemble du chœur aura à chanter lors du concert, « dum recodarééémuuuuuur tuuuuuiiiiii siooooooooooo oooooooooooooon ». On s’en sort de mieux en mieux !

Après une courte introduction par Botti, le chef de chœur roumain, la conférence du professeur József Nagy  débute. Il est question d’une part de la position de la Transylvanie en Europe (région où se situe Cluj-Napoca) depuis sa création et d’autre part de la première guerre mondiale ainsi que l’impact du conflit sur la recomposition des frontières de cette région, notamment pourquoi la Transylvanie est devenue Roumaine alors qu’elle était auparavant rattachée au royaume de Hongrie puis à l’empire Austro-hongrois. Une conférence riche en informations techniques et géopolitiques toutes plus intéressantes les unes que les autres comme seuls les historiens passionnés savent en donner.
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Voir aussi l’article sur cette conférence

Une autre histoire nous attend cet après-midi. On nous emmène en forêt. Une dans laquelle on dit qu’il y a des mystères transylvaniens…, j’ai hâte.

Ludovic, choriste français engagé dans le projet VoCE

 

 

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Chronique de Péronne

D’autres récits et témoignages de la Summer Peace School qui s’est déroulée à Péronne (France) du 20 au 26 mai.

Les jeunes participants ont pu être accueillis comme des visiteurs « privilégiés » de l’Historial de la Grande Guerre, l’un des plus importants sites de commémoration de la Première Guerre Mondiale. Grâce notamment à l’accueil et à la disponibilité de Madame Evelyne Damay, conseillère pédagogique au musée, ils ont pu toucher certains objets (obus, casques, sacoches…), afin de ressentir plus directement la réalité de la guerre et de la souffrance des soldats.
« J’aspire à trouver un endroit où tous sont réunis. Au cratère de Lochnager un visiteur parlait de son arrière-grandpère. Cette glorifiaction me cause un problème…. Au cratère, je m’attendais à un mémorial, au lieu de cela j’ai trouvé une glorification britannique du déclenchement de la bataille de la Somme. …J’ai pris conscience du nombre de morts ! Au cratère, j’imaginais l’explosion…. »
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Toujours à l’Historial, des ateliers de recherche, d’analyse de textes et d’écriture ont été organisés, avec l’aide de Madame Lucie Balin, Commissionaire de l’exposition « Les Ecrivains dans la Guerre/ Nous sommes de machines à oublier » », Historial, 2016. Les jeunes européens ont ainsi accéder au Centre de documentation su site, habituellement ouvert aux chercheurs! Ils ont travaillé à partir d’ auteurs tels qu’Alfred Lichtenstein, Pierre Loti, JRR Tolkien, ou sur des thèmes de recherches, Vie et destins des civils, Economie, destructions et propagande durant la Grande Guerre.
« Dans les Archives, le livre que j’ai consulté était exactement celui que j’avais demandé ! Les dames s’étaient donné du mal !… J’ai découvert des informations sur les victimes en Roumanie. Deux fois plus de civils que de militaires !… »
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En parallèle, durant le séjour, des ateliers « Mouvements et Sons » ont été menés avec l’actrice Astrid Rashed. A partir des éléments qui ont impressionné les participants, des scènes sont esquissées, avec des textes, des mots inducteurs. Petit à petit, les jeunes ont construit une « fresque théâtrale », exprimant leurs recherches, leurs sentiments et leurs découvertes au cours de la session. Ce travail a trouvé son aboutissement en étant présenté à l’Historial à la fin du séjour.
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Pour en savoir plus, lire le journal du bord: Chronique Péronne Mai 2017
le témoignage de Madame Damay: Letter from E_DAMAY_June 2107
-> Voir plus d’images

 

 

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Journey in Peronne (France)

Already five Summer Peace Schools for the VoCE project!
See the pictures
This event, which stood between 21 and 27 of the month of may 2017, has been constitued by a work of poetry and theater, in some places of very high symbol and emotion. Péronne, in France, has got one of the most important museum and monuments devoted to the memories of the First World War.
The words written by the Bosnian Young people who took part of the project are the best account of the time they shared together:

War – every war is the same.
Killed, wounded, tortured….
Starving…
Ruins…..
But, in the end, war finished.
Then the only thing left is sadness, pain and wounds that are hard to heal but will pass one day  : you are the living experience for that.
100 years ago you have passed through hell, hate and conflict,
But now you are the leading and brotherly forces in Europe.
After all you’ve been through and what your ancestors thought, today you progress, move forward.
During these few days you showed that to us.
You were spending time together, visiting monuments, talking about the past together. You are well aware of what had happened.
But you, new generations, are together again and keep history not to be forgotten.

But we….
Small country Bosnia and Herzegovina, which lots of people never heard about, we are experiencing sadness for 20 years, and we are counting.
We lost our families,
We are growing up without parents, brothers or sisters.
We try to move beyond but our wounds are still fresh and they do not pass.
Mostly because of our Presidents.
All monuments, cemeteries, museums that we have seen here awakened compassion and sadness within us
And we would love our country to do the same.
How could we show you, one day, our history one-hundred-percent
And make you feel like you made feel us!
We want to tell you that in front of GOD we are all the same, brothers and sisters, and that all children are OUR children, and that all dead people are OUR people.
We think that we must not separate by percentage people who died for their country and freedom.
Therefore we need to raise a monument for them and not allow them to be forgotten.
We hope that our politicians one day will do the same thing, and that they will understand that only if we are together we can do anything good and make a better future for us.
But as long as they separate us, still talking about war and encourage us to hate, we are bound to stay on spot.
Because, even after 22 years, the main question and topic among our political leaders is: “Who is guilty?”
Is that still important?
Guilty – are all the people who created that war…
And after all we are here to uphold the legacy, memory of our dead ones, to rebuild our country but for peace and love among us as decided by a higher force.

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Summer Peace School à Péronne

Cinq Summer Peace Schools déjà pour le projet VoCE!
Voir les photos
Cette édition, qui s’est déroulée du 21 au 27 mai 2017, a constitué en un travail d’écriture et de théâtre, dans des lieux hautement symboliques et chargés d’émotions.
Ce sont les mots écrits par le groupe des participants bosniens qui pourront le plus rendre compte de l’importance et de la richesse humaine de cet évènement:

La guerre –
Chacune ressemble aux autres.
Des morts, des blessés, des torturés, des affamés, et des ruines….
Et à son issue, une fin.
La tristesse comme seul résultat, avec la douleur et les plaies.
C’était long à guérir mais un jour, c’était passé
Et vous les Européens, en êtes l’exemple vivant.
Il y a 100 ans, vous traversiez l’enfer, la haine et le conflit,
Et maintenant, vous êtes les forces motrices et fraternelles en Europe.
Après tout ce que vous avez traversé, après tout ce que vos ancêtres ont pensé, vous progressez, vous allez de l’avant.
C’est ce que vous nous avez montré durant ces quelques jours :
Vous passez du temps ensemble, vous visitez les monuments,
Vous échangez ensemble sur le passé.
Ayant conscience de ce qui s’était passé,vous les jeunes générations, vous êtes réunis désormais, et vous empêchez la mémoire de l’histoire d’être oubliée.
Mais nous autres – petit pays Bosnie-Herzégovine, dont beaucoup n’ont jamais entendu parler,
Nous traversons la tristesse depuis vingt-deux années et nous les comptons.
Nous avons perdu nos familles,
Nous grandissons sans parents, frères ou sœurs…
Nous nous efforçons de nous dépasser mais nos blessures sont encore fraîches et ne se referment pas.
La cause en est, pour l’essentiel, nos Présidents.
Les monuments, cimetières, musées que nous avons vus ici ont éveillé en nous de la compassion et du regret.
Nous aimerions tant que notre pays en fasse de même !
Comment pourrions-nous, un jour, vous montrer cent-pourcent de notre histoire et vous faire ressentir ce que nous avons ressenti pour vous !Nous voulons dire que face à Dieu nous sommes tous égaux,
Des frères et des sœurs
Et que tous les enfants sont nos enfants et que tous les morts sont nos morts.
Nous pensons que nous ne pouvons pas séparer par pourcentages tous ces gens qui sont morts pour leur pays et pour la liberté.
Et donc nous avons besoin d’ériger un monument afin qu’ils ne soient pas oubliés.
Nous espérons que nos politiciens deviendront, un jour, actifs
Et qu’ils comprendront que c’est seulement ensemble que nous pourrons réaliser quelque chose de bien et améliorer l’avenir.
Mais tant qu’ils nous séparent, en continuant de parler de guerre et en nous encourageant à haïr, nous ferons du sur-place.
Car aujourd’hui après 22 années, la question principale, le sujet favori parmi nos dirigeants politiques est de savoir : « Qui est coupable ».
Mais est-ce encore important ?
Coupables sont tous les gens qui ont mis en place cette guerre…
Et après tout, nous sommes ici pour maintenir l’héritage, la mémoire de nos morts, afin de reconstruire notre pays dans le seul but de la paix et de l’amour parmi nous qui nous vient par décision d’une force supérieure.

Voyage à Peronne

Voyage à Péronne, novembre 2016, avec Claude et Claude Bouveresse
par Mascha Join-Lambert, VoCE 2014-2018

Le Château de Péronne qui héberge l’Historial, cette grosse enceinte de briques arrondies qui se pose au milieu des eaux calmes, larges, planes, où les canards se jouent des cris de guerre, m’accueille dans ses bras, comme à chaque fois que je m’approche.

Cette ville qui, dans la nuit des temps, fut fière, souffle sa mélancolie. Ces maisons en briques rouges, ce pays de vastes champs labourés aux bords desquels attendent, en compagnie de corbeaux rauques, les longues rangées hautes de betteraves, rappellent le Nord de l’Allemagne.

Historial a réorganisé l’entrée de l’exposition permanente : les voiles doux  qui rappelaient sur leurs images, au rythme de la valse du souffle de l’air,  la vieille Europe insouciante de ce chaud été 14,  ont dû céder à des explications sur la brutalité des guerres d’avant 1914. Et c’est instructif car elles répondent à notre incrédulité face à l’explosion de violence.  Non, ce que voit un Otto Dix ne vient pas subrepticement déchirer le voile de la somnambulation inconsciente: les guerres coloniales, russo-japonaise, celle des Balkans en 12/13…,   avaient donné à voir la furie du mépris des peuples de ce monde hormis le leur propre, dont les nations de l’Europe s’étaient investi. A voir cela aujourd’hui, connaissant ce qu’il en advint, on se dit que cette explosion du mépris, tout en tuant les autres,  portait le premier coup mortel à leur propre civilisation, la nôtre.

Dans les salles, je tombe sur un ordre de séquestration par une Kommandatur sous le Baron v. Puttkamer et je pense à une amie chère, descendante de cette famille, qui, il y a quelques années encore, se demandait ce que l’Allemagne serait devenue si  la guerre « s’était bien finie »…. !  « Nous n’avons pas beaucoup de visiteurs allemands », me confie une dame du staff de l’Historial.

Thiepval : Nous découvrons ce site. Il me semble illustrer le sentiment de puissance que le Commonwealth a besoin d’affirmer comme  pour se prévenir d’un doute qui pourrait monter de toutes ces tombes à ses pieds. Comme si tous ces morts, peut-être, pourraient semer un doute qu’il faut stranguler, empêcher de germer, d’emblée.   Quelle disproportion pour les yeux d’aujourd’hui, quel recalibrage demandé aux Britanniques !

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Le nouveau musée de Thiepval m’apparaît plus anecdotique que thématique, avec cette immense fresque du « premier jour de la Bataille de la Somme » vu du point de vue anglais, et cet avion de Guynemer. Je constate à plusieurs reprises le respect des Anglais pour l’ « As des As » de l’aviation allemande, Manfred v. Richthofen, c’est le fair-play entre égaux. J’aperçois la photo d’un officier allemand de l’aviation : même cadre, même couleur, même uniforme,  même décoration, même attitude,  même regard, que le portrait familier de mon oncle Carl Cleinow, le frère cadet de mon grand-père, dont l’avion avait été atteint ici dans la région au printemps 18 alors qu’il venait d’échapper à la mort sur le front russe  -

Et alors je dois sortir à grand-pas, crier « Scheisskrieg » et taper dans quelque chose, taper encore, et heureusement, les amis Claude Bouveresse sortent, une drôlerie aux lèvres….

Dehors, des milliers de messages anglais imprimés sur des « poppies » en plastique, plantés dans le talus. Quasiment tous les jeunes écrivent : « merci – votre sacrifice nous permet de vivre libres aujourd’hui » – je trouve une fois : « Merciless murderous generals« (Vous autres Généraux, assassins, sans pitié), une fois « Plus jamais la guerre – restons dans l’UE ».  Nous n’avons lu qu’une fraction, mais voilà des sensibilités très différentes. Et nous ne partageons pas avec des Anglais au sein de VoCE, c’est un fait.

Lectures passionnantes à l’Historial : je retiens les appels pressants à réfléchir à notre actualité. Un article traite des « Marginaux, marginalité, marginalisation »[1],  puis, le petit ouvrage « 14-18, retrouver la guerre » de 2000[2]  attire mon attention. Les auteurs réfléchissent à la « présence croissante » de la Grande Guerre dans la littérature et parmi les historiens. Ils nous proposent de l’expliquer par l’interpellation par la guerre des Balkans de 1992 : on croyait la Grande Guerre finie avec la fin de l’Union Soviétique et le Traité de Maastricht – elle revient par la résurgence du nationalisme. Les auteurs l’interprètent comme une manifestation du « deuil inachevé », par « le poids des morts sur les vivants ». Mon expérience personnelle en Allemagne de l’Est de 1990 à 2011 me donne à penser que cette interprétation pourrait viser juste.

Les auteurs approfondissent alors cette persévération du deuil, mais aussi la violence  persistante malgré son insupportable emprise : « les hommes nouveaux nés de la Grande  Guerre  (dans les régimes totalitaires) n’ont pas tardé à se muer en assassins », et se penchent  sur les sentiments de croisade et de sacrifice qui nous semblent irrecevables aujourd’hui. Les auteurs notent « la capacité d’attraction de ces atroces ferveurs sur les ‘ hommes nouveaux ‘ nés de la Grande Guerre.». Nous retrouvons sa force, exercée sur une fraction de la jeunesse actuelle, prête à se faire exploser pour des représentations du monde  qui rappellent les attentes messianiques de la Grande Guerre.

Ecrivains dans la Guerre : l’exposition temporaire à l’Historial s’appelle « Nous sommes des machines à oublier ». Je veux clore avec cette citation de Joël Bousquet[3] :

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« Ecrire l’œuvre d’invention
qui passerait sur la vie des hommes
pour arriver jusqu’à eux
et les toucherait hors de toute saison,
leur rendrait leur cœur
en leur rendant leurs yeux
l’œuvre dont l’invention
m’ arracherait à l’asservissante convention
d’ écrire et de me souvenir ».

 

[1]In : 14-18 Aujourd’hui, No.4/ Ed. Noesis, 2001 ; Article de Jay Winter sur le Front Est. Note jointe.
[2] Par Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, Ed.Folio-Histoire, 2000.
[3]Joël Bousquet, « Au Pré de mon Ombre…ou La vie est ronde », Fata Morgana Edition, 2007 ; Guillaume de Fonclare, « Joë », Paris, Stock, 2014

Afternoon at Staromiejski Park

On the afternoon of July 30th 2016, as the sun is shining on Staromieski Park, children are playing, young families are pushing their babies in prams, young ladies are having  a merry picnic.
But something is getting ready…
Some ladies, dressed up as of old, carrying bundles of clothes, are sitting on benches. Tables are brought up, around which people start playing or chatting.
IMG_4023 Some traditional Hungarian or Bosnian songs are heard…
This marks the beginning of the « Stones of Memory » project: for several hours, city residents are going to share these moments symbolizing memory, friendship, music, or simply the pleasure of being together.                             IMG_4009
That way, choristers are able to listen to a lady from Wroclaw bearing witness of the story of her own family. In spite of the language barrier, her participation through words, listening and human exchange is both moving and happy. (to read the story: personalfamilystory)
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If they wish, people who are here can also write a testimony of their family memory, or simply leave a trace of their presence in the park, and in this project.

On one side of the lawn, young women from Cluj University Choir(Rumania) lead children and their parents into dancing and singing traditional songs or nursery rhymes. Music and popular traditions show they are just another means of sharing the happiness of family life and celebrating memory.

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Further away, you can see some choristers of different nationalities and ages playing an improvised game of frisbee. There are no such things as sport games or intellectual games to meet and share moments of sheer happiness.             IMG_4079

The expression « playing music » is quite meaningful. And singers taking part in the « Stones of Memory » project don’t forget that « playing music » together is their first and primarily hobby.
Another surprise is proposed to visitors in Staromiejski Park: a sound painting performance, a kind of group improvisation based on hand signs. All 130 choristers take part under the leadership of Cyrille Colombier, artistic director to the VoCE project and choirmaster of the French 20.21 Vocal Ensemble. This leads to very personal ways of expressing vocal or acting talents in different sung or spoken languages, which in turn merge with the sounds in the park, water rippling from the fountain, children’s laughter and distant traffic and tramway noises.
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