Archives mensuelles : septembre 2017

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Conférence à l’Université Babeş Bolyai

Depuis sa création, les membres du projet VoCE se sont attachés à proposer, en parallèle et en complément aux actions d’expression artistique, des temps de commémoration et de réflexion sur les évènements de la Première Guerre Mondiale.
Durant la session musicale à Cluj-Napoca, les choristes ont pu écouté la conférence de l’historien Jozsef Nagy, donnée en langue hongroise, et traduite avec enthousiasme par Botond Molnard et son équipe. Madame Raluca Mateiu, chargée de culture et de communication à l’Institut Français de Cluj-Napoca, nous a fait l’honneur d’y assister.
Comme dans les éditions précédentes, il a beaucoup été question de la complexité des forces et des idées en présence, dans la région de Cluj-Napoca, comme dans le reste de la Roumanie et de la Hongrie, ainsi que dans l’ensemble de l’Europe.
On retrouve en particulier l’idée forte, à la fin du 19e-début du 20e, de l’éveil des nations, qui redonne sa place à l’être humain et à son identité, tout en rendant parfois inextricables les problèmes d’appartenance culturelle et d’appartenance géographique.
Voir l’article sur la conférence de 2016 en Pologne
Lors de l’âge d’or de l’Empire Austro-Hongrois, la région de Cluj-Napoca en était la partie la plus à l’est, à la frontière avec la Roumanie. En réunissant ces deux royaumes indépendants, pour en construire la cohésion, les dirigeants ont choisi d’avoir une même administration, mais aussi une même armée. Cette politique avait également pour but de réunir les différentes nationalités représentées dans l’Empire, en opposition au sentiment d’Eveil des Nations propre à cette période de l’Histoire.
cluj1916Statue de Mathias Corvin en 1916 – Source Wikimedia Commons

En Roumanie, comme dans le reste de l’Europe, les soldats courageux ont vécu les expériences terribles que l’on sait. Après les mouvements de troupes importants de 1914, les soldats roumains ont combattu sur le front russe, creusant eux-mêmes les tranchées où ils ont été positionnées des mois durant dans des conditions inhumaines.  En s’appuyant sur des cartes, des photos des tranchées, des soldats, de monuments, ainsi que des articles de journaux, M. Nagy nous a décrit la grande complexité des lignes d’attaques et des forces en présence, et notamment l’Offensive Broussilov, particulièrement meurtrière : 378 000 prisonniers allemands et austro-hongrois, et autant de morts. L’armée russe, bien que victorieuse, compte 500 000 tués, et on estime à près d’un million le nombre de blessés.
Là encore, les conséquences de ces massacres sont les mêmes que sur tous les autres fronts: révoltes, désertions, sentiments d’injustice et de cruauté inutile.
soldatsSoldats Roumains – Source Wikimedia Commons
En 1918, après la victoire des Alliés, la Transylvanie est rattachée à la Roumanie, rattachement définitivement entérinée par le Traité de Trianon, signé le 4 juin 1920. En contradiction avec le sentiment d’éveil des nations, plus de 3 millions de Hongrois passent sous domination étrangère, vécu par certains comme un traumatisme historique.  La revendication pour la révision de ce traité est toujours présente. Ce sont donc deux histoires antagonistes de la Transylvanie qui se sont construites au cours d’un passé récent.

 

 

Pădura Hoïa, la forêt des mystères

 Une (demi-) journée particulière à Pădura Hoïa le mercredi 23 août…

En ce bel après-midi, nous nous rendîmes à pied ou en bus, selon les possibilités de chacun, à la Forêt des Mystères : cadre champêtre avec installations ad hoc telles tables, bancs, podium et même toilettes…
Mais cette forêt de 250 hectares nous fut aussi présentée pour son caractère inquiétant, envoûtant, notamment pour ceux qui risqueraient de s’y aventurer la nuit : c’est le Triangle des Bermudes local, nous dit-on, avec apparitions paranormales, fantômes, OVNI, disparitions multiples de personnes, de visages sur des photos, et même d’un troupeau avec son berger… nous voilà prévenus !!
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Pourtant, il faisait encore jour quand Timea, membre de l’équipe d’organisation, nous annonça le programme, sous forme de jeux divers : Quizz (avec prix !) sur la Roumanie, Devinez la chanson, La guerre des chiffres, Report sur la conférence du matin (sur le déroulement et les effets de la première guerre mondiale en Roumanie-Transylvanie), freezbee, badminton, volley-ball, ou tout simplement take a rest in the sun…
Puis ce fut le tour de Lila, en grande prêtresse de Mère-Nature, de nous inviter très simplement et sans surcharge mystique, à fermer les yeux, à nous laisser bercer par le vent, à sentir la caresse de l’air sur nos visages, à écouter le bruissement des grands arbres sombres nous entourant, à goûter la chaleur de ce bel après-midi à l’écart des rumeurs urbaines…Mais surtout à rappeler l’enfant veillant en chacun de nous, à le prendre par la main et le ramener à nos côtés pour le plaisir des jeux… un authentique moment de bonheur intime et partagé…

Au bout de quelques heures, passés les jeux structurés, freezbee et ballon mirent les corps en mouvement, entre rires, feintes, accélérations, sueur et bienveillance mutuelle… tandis que d’autres en profitèrent pour se reposer silencieusement…
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Puis ce fut l’apparition sur la scène, tel un vaisseau naviguant sur la vaste prairie, de nos trois serveurs habituels : en chemise blanche, gilet et pantalons noirs, tout droit sortis d’un film de Kusturica… il ne manquait que le Brass-Band !! Discrètement, ils installèrent les prémices d’un grand banquet international. Tout ceci sous l’œil désinvolte des quatre gendarmes spécialement détachés pour notre sécurité, à l’écart dans leur véhicule…

Sans oublier la musique, elle aussi au rendez-vous, tout d’abord enregistrée, suivie très vite par les guitares endiablées, dont celle de Zsombi en tête, ranimant plus d’un vieux tube de nos seventies-eighties : Janis Joplin, Hey Jude, Blowin’ in the wind, Hallelujah, et j’en passe…
Oui, combien ce fut bon de sentir cette subtile combinaison intergénérationnelle venir ranimer le corps, l’affect, la mémoire, la poésie, le lien simplifié à soi et aux autres, …a song of (for) peace…
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Mais nous n’en restâmes pas là et les agapes réjouirent ventres et papilles, avec spécialités multiples : roumaines, polonaises, bosniennes et autres french cheese
Ce grand plaisir, comme une petite grâce (même si le mot est très connoté), nous permit-il de dépasser – même provisoirement la division babélienne – et d’en garder une part à l’intérieur de nous, l’avenir le dira…Toujours est-il qu’il n’empêcha pas pour autant le rangement efficace et collectif des lieux…

La nuit était tombée, et nous voilà par petits groupes, à pied ou non, nous dirigeant vers le centre de Cluj, causant, riant, chantant encore, tassés dans le bus roulant vers le Confucius Institute où dormir et, pour ma part, rêver – comme en écho – de la Couronne de Bréona, un sommet alpin escaladé enfant, et dont j’admirais la beauté lumineuse, sans oublier les difficultés de l’ascension.
N’est-ce pas une invite, toute subjective, à l’émotion esthétique transcendant sans pour autant nier ce qui nous différencie (et parfois nous oppose) les uns des autres ?!?

Signé le 30 août 2017 :
Olivier Casalis, dit Olfonse, choriste français engagé dans le projet VoCE

 

 

 

 

 

 

Souvenirs d’un 23 août

Cluj-Napoca, Roumanie – Europe – mercredi 23 août 2017.

6h45 : Une nouvelle journée du festival international VoCE débute. Mes yeux s’ouvrent mais mes pensées sont encore perdues dans le souvenir des bons moments passés la veille avec nos amis de VoCE. Les quelques rayons de soleil qui percent à travers les nuages viennent illuminer le rideau rouge et remplissent la chambre d’une atmosphère douce et apaisante. Mon collègue de chambrée s’étire lentement. Il va être temps de se préparer à partir pour la rejoindre la salle de répétition et bien d’autres aventures. Il s’agit de ne pas traîner ; aujourd’hui la répétition démarre à 9h et le programme est chargé car à 11h il y a une conférence. C’est parti !

7h55 : Devant la résidence universitaire, à l’arrêt du bus, je retrouve des têtes que je connais plus ou moins, celles des ensembles français que je croise régulièrement, celles des membres des autres chœurs que j’ai déjà pu rencontrer l’an dernier en Pologne à Wrocław et les nouveaux visages qui ne demandent qu’à être découverts.
L’air est plutôt frais, le ciel à tendance à rester un peu couvert, espérons qu’il ne pleuve pas pour les activités en extérieur de l’après-midi.
Quel bus déjà ? Le numéro 24, le 24A ou le trolley numéro 25. Le premier qui arrive…

Après avoir quitté la zone du campus universitaire, le bus tourne sur le boulevard du 21 décembre 1989, artère « autoritaire » dont la conception et l’architecture est caractéristique de la période qui a précédé cette date qui donne son nom à la voie.
Voie21dec  Voie21dec2
Deux fois trois voies de circulation et de chaque côté un large trottoir avec une contrallée de stationnement, beaucoup de circulation. Urbanisme efficace et fonctionnel, architecture brutale et rationnelle… en apparence. Des immeubles d’habitation imposants et austères en béton de 11 ou 12 étages. Ils devaient plaire à leur construction. En pieds de bâtiment des commerces alimentaires où l’on peut faire ses courses ou simplement acheter de quoi grignoter, des boutiques, des cafés, une activité humaine folle. Le bus continue sa course vers le centre-ville et progressivement le paysage change pour arriver avec peu de transition à une ville plus traditionnelle d’Europe centrale austro-hongroise d’avant la première guerre mondiale.
Arrêt « Memorandumului strada » : il faut descendre !

8h20 : Je traverse la place Unirii. A gauche, la cathédrale et la statue de Matei Corvin. A droite, les boutiques, le glacier, les pâtisseries, les cafés et leurs terrasses. Depuis le city-game d’hier on a appris à connaître ces lieux. Ils me sont presque devenus familiers. Placeuniiri Une traversée de la rue Napoca et c’est la rue de l’Université. On approche. Encore un petit effort pour rejoindre le restaurant dans lequel est servi le petit déjeuner.
Après une collation nécessaire pour tenir toute la matinée, il est temps de rejoindre le bâtiment de l’université Babeş Bolyai et la salle de répétition.
Majestueux palais universitaire typique des constructions engagées à la fin du 19ème siècle, symbolisant la puissance de la connaissance et du savoir. Façade néo-classique recouverte d’un appareillage de briques jaunes, socle et corniches en calcaire blanc, décor de temple romain en partie haute du corps central sur le fronton duquel est inscrit le nom de l’université. Trois marches pour monter sur le perron. Universite
Une fois poussé un des vantaux de la grande porte principale, on accède au hall à partir duquel se déroule face à l’entrée un escalier monumental distribuant l’ensemble des ailes du bâtiment. Quelques marches depuis le hall et on peut enfin emprunter ce grand emmarchement. Une première volée d’une vingtaine de marches amène à un pallier où l’escalier se divise en trois. En face ? Non, cela mène à l’aile nord. A droite ou à gauche ? L’une ou l’autre de ces deux volées conduit vers l’amphithéâtre où les différents chœurs travaillent ensemble depuis ce mardi jusqu’à la fin de la semaine pour préparer le concert final et les autres interventions qui sont programmées jusqu’à la fin de la semaine.

8h55 : J’entre dans l’amphithéâtre qui se remplit doucement. Sur le tableau noir est dessiné à la craie le schéma de positionnement des différents pupitres pour chanter la pièce de Schütz, An den Wassern zu Babel, écrit pour double choeur . Des membres du chœur roumain Visszhang korus sont là. Quelques chanteuses du chœur de Pologne sont déjà assises. Les membres du chœur hongrois s’installent. Les français se sont aussi répartis dans les rangs. Les chanteurs allemands ne sont encore que quatre mais le reste du groupe arrive ce soir. Nos collègues belges nous rejoignent. A côté de qui vais-je m’asseoir ? Rester entre français ? Non, il faut se mélanger et mélanger nos voix. A côté d’un Belge et un Hongrois, derrière deux Roumains, ça me paraît bien.
Tout le monde est installé, la chauffe va pouvoir commencer. Aujourd’hui c’est le tour de Cyrille, le chef de chœur français, de nous mettre en condition. Après un bon quart d’heure, nous sommes tous prêts à nous mettre au travail.
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Adam, le chef de chœur polonais, démarre la séance de travail sur Al Naharot Bavel de Salomone Rossi. Quelques exercices de prononciation des mots du texte en hébreu pour que le sens soit bien retranscrit et quelques indications de nuance et d’interprétation à noter sur la partition.
Tijana, leader du groupe vocal bosnien Corona, lui succède pour nous faire travailler quelques passages de Five Ways to kill a man de Bob Chillcot. Là encore la prononciation doit être travaillée pour que le texte et la musique soient précis. Même si les notes ne sont pas totalement justes, elle nous demande de garder l’énergie du texte et le rythme. C’est noté !On poursuit par un travail mené par Cyrille sur Dark like me, œuvre de Thierry Machuel. Là encore tout est question de rythme et d’accent, pour parvenir à interpréter cet hommage à l’histoire et à la musique des afro-américains. Ceux de 20-21 ont un peu l’habitude de ce genre de chose, mais nos amis des autres chœurs s’en sortent très bien aussi.

11h : Il est maintenant l’heure de la conférence. Mascha, présidente de l’association Voce 2014-2018 et les jeunes de la Summer Peace School nous ont rejoints. Mais on nous annonce que le conférencier va avoir un quart d’heure de retard.
Ne nous laissons pas abattre par cette mauvaise nouvelle, soyons efficace et continuons à travailler. Pourquoi ne pas de faire un peu de Grégorien en attendant ? Charlotte, chef de chœur belge, comble l’attente en nous faisant réviser un peu la phrase que l’ensemble du chœur aura à chanter lors du concert, « dum recodarééémuuuuuur tuuuuuiiiiii siooooooooooo oooooooooooooon ». On s’en sort de mieux en mieux !

Après une courte introduction par Botti, le chef de chœur roumain, la conférence du professeur József Nagy  débute. Il est question d’une part de la position de la Transylvanie en Europe (région où se situe Cluj-Napoca) depuis sa création et d’autre part de la première guerre mondiale ainsi que l’impact du conflit sur la recomposition des frontières de cette région, notamment pourquoi la Transylvanie est devenue Roumaine alors qu’elle était auparavant rattachée au royaume de Hongrie puis à l’empire Austro-hongrois. Une conférence riche en informations techniques et géopolitiques toutes plus intéressantes les unes que les autres comme seuls les historiens passionnés savent en donner.
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Voir aussi l’article sur cette conférence

Une autre histoire nous attend cet après-midi. On nous emmène en forêt. Une dans laquelle on dit qu’il y a des mystères transylvaniens…, j’ai hâte.

Ludovic, choriste français engagé dans le projet VoCE

 

 

Lundi 21 août, jour J!

Il est 19h et le puzzle des arrivants est bientôt terminé.
On se retrouve entre chœurs, on se sourit, on se serre dans les bras….
Nous sommes au Pyramid restaurant de l’Université de Cluj-Napoca, magnifique, où nous nous retrouverons 3 fois par jour pendant notre séjour, à deux pas de notre lieu de répétition.

Tabl

Botond Molnard , chef du choeur roumain Visszhang korus, « responsable » de l’organisation de notre venue,  prend la parole, visiblement très ému. Après des mois et des mois de préparation avec son équipe, le grand jour est enfin arrivé. Reste l’inquiétude d’avoir pensé à tout. Nos badges, cartes de Cluj et indications diverses nous sont remis.
Suit un buffet d’accueil incroyable sur lequel….nous nous précipitons, plus pour en découvrir les saveurs que par faim. Chaque table est un tour d’Europe à elle seule.

Des participants sont déjà arrivés par avion depuis vendredi. Bien que toutes les arrivées se soient échelonnées sur ces trois jours, chacun d’entre nous était attendu à l’aéroport par un membre de l’organisation avec une affiche sur laquelle  était bienvenue dans la langue du groupe concerné, accueil chaleureux pour nous emmener sur notre lieu de résidence.
Nous rencontrons Laura Boglârka-Boka, étudiante hongroise en sociologie à Cluj, membre du choeur roumain et de l’équipe organisatrice. Elle parle un excellent français, appris lors de son année parisienne comme fille au pair. Elle sera notre référente et traductrice.
Laura Boglârka boka

Isabelle : Laura, tu parles vraiment bien français !
Laura : je n’ai pas parlé français depuis un an, je suis un peu inquiète…. c’est pour ça aussi que j’ai choisi de m’occuper du groupe des Français . Sinon, ça va bien !
Isabelle : Raconte-moi comment vous avez organisé cet événement. Pas trop difficile ?
Laura : C’est depuis le mois de novembre 2016 que c’est devenu concret et que nous travaillons en groupes différents. Moi, j’étais dans le groupe de marketing pour les badges, l’accueil etc.….. Nous faisions des brainstorming, des votes … Botond, lui, y a réfléchi depuis plus longtemps.
Isabelle : Combien êtes-vous au total ?
Laura : environ 30. Mais comme Botond nous a toujours fait confiance pour nos choix, c’était facile.
Isabelle : Et là, comment te sens-tu ?
Laura : Je suis vraiment contente et j’espère qu’il n’y aura pas de problèmes, on va faire attention à tout le monde.
Isabelle : Et bien, c’est drôlement bien parti, on sent que c’est super-organisé. Merci !!!!
Laura : Non, merci à vous d’être venus !!!

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