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Conférence à l’Université Babeş Bolyai

Depuis sa création, les membres du projet VoCE se sont attachés à proposer, en parallèle et en complément aux actions d’expression artistique, des temps de commémoration et de réflexion sur les évènements de la Première Guerre Mondiale.
Durant la session musicale à Cluj-Napoca, les choristes ont pu écouté la conférence de l’historien Jozsef Nagy, donnée en langue hongroise, et traduite avec enthousiasme par Botond Molnard et son équipe. Madame Raluca Mateiu, chargée de culture et de communication à l’Institut Français de Cluj-Napoca, nous a fait l’honneur d’y assister.
Comme dans les éditions précédentes, il a beaucoup été question de la complexité des forces et des idées en présence, dans la région de Cluj-Napoca, comme dans le reste de la Roumanie et de la Hongrie, ainsi que dans l’ensemble de l’Europe.
On retrouve en particulier l’idée forte, à la fin du 19e-début du 20e, de l’éveil des nations, qui redonne sa place à l’être humain et à son identité, tout en rendant parfois inextricables les problèmes d’appartenance culturelle et d’appartenance géographique.
Voir l’article sur la conférence de 2016 en Pologne
Lors de l’âge d’or de l’Empire Austro-Hongrois, la région de Cluj-Napoca en était la partie la plus à l’est, à la frontière avec la Roumanie. En réunissant ces deux royaumes indépendants, pour en construire la cohésion, les dirigeants ont choisi d’avoir une même administration, mais aussi une même armée. Cette politique avait également pour but de réunir les différentes nationalités représentées dans l’Empire, en opposition au sentiment d’Eveil des Nations propre à cette période de l’Histoire.
cluj1916Statue de Mathias Corvin en 1916 – Source Wikimedia Commons

En Roumanie, comme dans le reste de l’Europe, les soldats courageux ont vécu les expériences terribles que l’on sait. Après les mouvements de troupes importants de 1914, les soldats roumains ont combattu sur le front russe, creusant eux-mêmes les tranchées où ils ont été positionnées des mois durant dans des conditions inhumaines.  En s’appuyant sur des cartes, des photos des tranchées, des soldats, de monuments, ainsi que des articles de journaux, M. Nagy nous a décrit la grande complexité des lignes d’attaques et des forces en présence, et notamment l’Offensive Broussilov, particulièrement meurtrière : 378 000 prisonniers allemands et austro-hongrois, et autant de morts. L’armée russe, bien que victorieuse, compte 500 000 tués, et on estime à près d’un million le nombre de blessés.
Là encore, les conséquences de ces massacres sont les mêmes que sur tous les autres fronts: révoltes, désertions, sentiments d’injustice et de cruauté inutile.
soldatsSoldats Roumains – Source Wikimedia Commons
En 1918, après la victoire des Alliés, la Transylvanie est rattachée à la Roumanie, rattachement définitivement entérinée par le Traité de Trianon, signé le 4 juin 1920. En contradiction avec le sentiment d’éveil des nations, plus de 3 millions de Hongrois passent sous domination étrangère, vécu par certains comme un traumatisme historique.  La revendication pour la révision de ce traité est toujours présente. Ce sont donc deux histoires antagonistes de la Transylvanie qui se sont construites au cours d’un passé récent.