Souvenirs d’un 23 août

Cluj-Napoca, Roumanie – Europe – mercredi 23 août 2017.

6h45 : Une nouvelle journée du festival international VoCE débute. Mes yeux s’ouvrent mais mes pensées sont encore perdues dans le souvenir des bons moments passés la veille avec nos amis de VoCE. Les quelques rayons de soleil qui percent à travers les nuages viennent illuminer le rideau rouge et remplissent la chambre d’une atmosphère douce et apaisante. Mon collègue de chambrée s’étire lentement. Il va être temps de se préparer à partir pour la rejoindre la salle de répétition et bien d’autres aventures. Il s’agit de ne pas traîner ; aujourd’hui la répétition démarre à 9h et le programme est chargé car à 11h il y a une conférence. C’est parti !

7h55 : Devant la résidence universitaire, à l’arrêt du bus, je retrouve des têtes que je connais plus ou moins, celles des ensembles français que je croise régulièrement, celles des membres des autres chœurs que j’ai déjà pu rencontrer l’an dernier en Pologne à Wrocław et les nouveaux visages qui ne demandent qu’à être découverts.
L’air est plutôt frais, le ciel à tendance à rester un peu couvert, espérons qu’il ne pleuve pas pour les activités en extérieur de l’après-midi.
Quel bus déjà ? Le numéro 24, le 24A ou le trolley numéro 25. Le premier qui arrive…

Après avoir quitté la zone du campus universitaire, le bus tourne sur le boulevard du 21 décembre 1989, artère « autoritaire » dont la conception et l’architecture est caractéristique de la période qui a précédé cette date qui donne son nom à la voie.
Voie21dec  Voie21dec2
Deux fois trois voies de circulation et de chaque côté un large trottoir avec une contrallée de stationnement, beaucoup de circulation. Urbanisme efficace et fonctionnel, architecture brutale et rationnelle… en apparence. Des immeubles d’habitation imposants et austères en béton de 11 ou 12 étages. Ils devaient plaire à leur construction. En pieds de bâtiment des commerces alimentaires où l’on peut faire ses courses ou simplement acheter de quoi grignoter, des boutiques, des cafés, une activité humaine folle. Le bus continue sa course vers le centre-ville et progressivement le paysage change pour arriver avec peu de transition à une ville plus traditionnelle d’Europe centrale austro-hongroise d’avant la première guerre mondiale.
Arrêt « Memorandumului strada » : il faut descendre !

8h20 : Je traverse la place Unirii. A gauche, la cathédrale et la statue de Matei Corvin. A droite, les boutiques, le glacier, les pâtisseries, les cafés et leurs terrasses. Depuis le city-game d’hier on a appris à connaître ces lieux. Ils me sont presque devenus familiers. Placeuniiri Une traversée de la rue Napoca et c’est la rue de l’Université. On approche. Encore un petit effort pour rejoindre le restaurant dans lequel est servi le petit déjeuner.
Après une collation nécessaire pour tenir toute la matinée, il est temps de rejoindre le bâtiment de l’université Babeş Bolyai et la salle de répétition.
Majestueux palais universitaire typique des constructions engagées à la fin du 19ème siècle, symbolisant la puissance de la connaissance et du savoir. Façade néo-classique recouverte d’un appareillage de briques jaunes, socle et corniches en calcaire blanc, décor de temple romain en partie haute du corps central sur le fronton duquel est inscrit le nom de l’université. Trois marches pour monter sur le perron. Universite
Une fois poussé un des vantaux de la grande porte principale, on accède au hall à partir duquel se déroule face à l’entrée un escalier monumental distribuant l’ensemble des ailes du bâtiment. Quelques marches depuis le hall et on peut enfin emprunter ce grand emmarchement. Une première volée d’une vingtaine de marches amène à un pallier où l’escalier se divise en trois. En face ? Non, cela mène à l’aile nord. A droite ou à gauche ? L’une ou l’autre de ces deux volées conduit vers l’amphithéâtre où les différents chœurs travaillent ensemble depuis ce mardi jusqu’à la fin de la semaine pour préparer le concert final et les autres interventions qui sont programmées jusqu’à la fin de la semaine.

8h55 : J’entre dans l’amphithéâtre qui se remplit doucement. Sur le tableau noir est dessiné à la craie le schéma de positionnement des différents pupitres pour chanter la pièce de Schütz, An den Wassern zu Babel, écrit pour double choeur . Des membres du chœur roumain Visszhang korus sont là. Quelques chanteuses du chœur de Pologne sont déjà assises. Les membres du chœur hongrois s’installent. Les français se sont aussi répartis dans les rangs. Les chanteurs allemands ne sont encore que quatre mais le reste du groupe arrive ce soir. Nos collègues belges nous rejoignent. A côté de qui vais-je m’asseoir ? Rester entre français ? Non, il faut se mélanger et mélanger nos voix. A côté d’un Belge et un Hongrois, derrière deux Roumains, ça me paraît bien.
Tout le monde est installé, la chauffe va pouvoir commencer. Aujourd’hui c’est le tour de Cyrille, le chef de chœur français, de nous mettre en condition. Après un bon quart d’heure, nous sommes tous prêts à nous mettre au travail.
repetition

Adam, le chef de chœur polonais, démarre la séance de travail sur Al Naharot Bavel de Salomone Rossi. Quelques exercices de prononciation des mots du texte en hébreu pour que le sens soit bien retranscrit et quelques indications de nuance et d’interprétation à noter sur la partition.
Tijana, leader du groupe vocal bosnien Corona, lui succède pour nous faire travailler quelques passages de Five Ways to kill a man de Bob Chillcot. Là encore la prononciation doit être travaillée pour que le texte et la musique soient précis. Même si les notes ne sont pas totalement justes, elle nous demande de garder l’énergie du texte et le rythme. C’est noté !On poursuit par un travail mené par Cyrille sur Dark like me, œuvre de Thierry Machuel. Là encore tout est question de rythme et d’accent, pour parvenir à interpréter cet hommage à l’histoire et à la musique des afro-américains. Ceux de 20-21 ont un peu l’habitude de ce genre de chose, mais nos amis des autres chœurs s’en sortent très bien aussi.

11h : Il est maintenant l’heure de la conférence. Mascha, présidente de l’association Voce 2014-2018 et les jeunes de la Summer Peace School nous ont rejoints. Mais on nous annonce que le conférencier va avoir un quart d’heure de retard.
Ne nous laissons pas abattre par cette mauvaise nouvelle, soyons efficace et continuons à travailler. Pourquoi ne pas de faire un peu de Grégorien en attendant ? Charlotte, chef de chœur belge, comble l’attente en nous faisant réviser un peu la phrase que l’ensemble du chœur aura à chanter lors du concert, « dum recodarééémuuuuuur tuuuuuiiiiii siooooooooooo oooooooooooooon ». On s’en sort de mieux en mieux !

Après une courte introduction par Botti, le chef de chœur roumain, la conférence du professeur József Nagy  débute. Il est question d’une part de la position de la Transylvanie en Europe (région où se situe Cluj-Napoca) depuis sa création et d’autre part de la première guerre mondiale ainsi que l’impact du conflit sur la recomposition des frontières de cette région, notamment pourquoi la Transylvanie est devenue Roumaine alors qu’elle était auparavant rattachée au royaume de Hongrie puis à l’empire Austro-hongrois. Une conférence riche en informations techniques et géopolitiques toutes plus intéressantes les unes que les autres comme seuls les historiens passionnés savent en donner.
conference
Voir aussi l’article sur cette conférence

Une autre histoire nous attend cet après-midi. On nous emmène en forêt. Une dans laquelle on dit qu’il y a des mystères transylvaniens…, j’ai hâte.

Ludovic, choriste français engagé dans le projet VoCE